Contrôle de Coulibaly: «Il était libre de se déplacer», réagit l’ancien patron de la PJ parisienne

INTERVIEW Claude Cancès revient sur le contrôle routier d’Amedy Coulibaly le 30 décembre...

Propos recueillis par Nicolas Beunaiche

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Capture d'écran d'une vidéo postée le 11 janvier 2015 sur les réseaux sociaux islamistes d'un homme se présentant comme Amedy Coulibaly
Capture d'écran d'une vidéo postée le 11 janvier 2015 sur les réseaux sociaux islamistes d'un homme se présentant comme Amedy Coulibaly — - Internet

Le 10 janvier, Manuel Valls évoquait des «failles» dans la surveillance des auteurs des attentats de Paris. Pensait-il alors au contrôle routier d’Amedy Coulibaly, effectué le 30 décembre et resté sans suite? Le Canard enchaîné raconte en tout cas dans son édition de mercredi que l’auteur de la tuerie de l’HyperCacher a été contrôlé par des motards près des Buttes-Chaumont, à Paris, quelques jours avant les événements, en compagnie d'Hayat Boumeddiene. Signalée à l’antiterrorisme, cette rencontre fortuite n’a pas été suivie de conséquences. Y a-t-il eu un dysfonctionnement? 20 Minutes a posé la question à Claude Cancès, ancien directeur régional de la police judiciaire de Paris.

Le 30 décembre 2014, la police contrôle Amedy Coulibaly. La procédure a-t-elle été respectée?

Oui, les motards ont parfaitement respecté le protocole. Lorsqu’ils tombent sur un individu fiché PJ02, les policiers ont pour mission de récolter un maximum d’informations sans éveiller ses soupçons: la marque de la voiture, la plaque d’immatriculation, l’identité des passagers… Et ils doivent le laisser repartir. Coulibaly figurait certes au fichier des personnes recherchées (FPR), mais à des fins de renseignement uniquement. Il ne circulait pas dans une voiture volée et n’avait pas commis de délit ou de crime, donc il était libre de se déplacer.

La hiérarchie des policiers ainsi que l’antiterrorisme sont ensuite informés. Pourtant, rien ne se passe…

On en revient toujours aux mêmes questionnements: a-t-on les moyens de surveiller tous les fondamentalistes jour et nuit? La surveillance est-elle bien faite? Par ailleurs, on ne peut pas régler le problème du terrorisme simplement en renforçant l’arsenal juridique et répressif. Il faut rester dans le cadre démocratique. Coulibaly n’ayant commis aucun délit ni aucun crime, il n’y avait apparemment aucune raison particulière de le suivre après ce contrôle, au vu des éléments dont on dispose.

Pourquoi les autorités n’ont-elles pas mentionné cet épisode?

Jusqu’à présent, tout ce qui a pu être rendu public sans nuire à l’enquête a été communiqué. On l’a encore vu ce matin lors de la conférence de procureur de la République: tout est mis sur le tapis. S’il y a eu une faille lors de ce contrôle de police, ce sera dit. Je déplore ce genre d’articles qui jette la suspicion sur le travail de la police. On le dit moins, mais de nombreux attentats ont déjà été déjoués grâce aux services et la collaboration transfrontalière porte ses fruits. Le Premier ministre a évoqué des failles et je pense qu’on aura l’explication ces prochains jours. Elle devrait être simple: on ne peut pas surveiller tout le monde.

Interrogé ce mercredi matin lors d'une conférence de presse, Bernard Cazeneuve a réagi au contrôle d'Amedy Coulibaly. «Quels sont les faits?» s'est interrogé le ministre de l'Intérieur: Coulibaly a été incarcéré pour des faits de tentative d'évasion d'un terroriste, donc condamné sur des incriminations pénales et de droit commun, a-t-il rappelé. «Malgré cela, en 2010, il a été inscrit au fichier des personnes recherchées», a mis en avant le ministre. S'il n'a pas été interpellé lors de son contrôle de police, c'est qu'«aucune incrimination pénale» n'était inscrite sur sa fiche. Autrement, il n'y avait pas de raison juridique de l'arrêter.

Cependant, ajoute Bernard Cazeneuve, le contrôle n'a pas été vain. Quand Coulibaly a été identifié par la police en janvier comme l'un des auteurs des attentats de Paris, c'est grâce à ce contrôle que le nom d'Hayat Boumeddiene est sorti dans l'enquête.