Viol: «Le fait que l’agresseur connaisse sa victime va lui permettre de l’isoler plus facilement»

INTERVIEW Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol analyse le fait que dans huit cas sur dix le violeur est un proche de la victime...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Une photo d'illustration d'une femme qui a subi une agression sexuelle
Une photo d'illustration d'une femme qui a subi une agression sexuelle — Rafael Ben-Ari/Cham/NEWSCOM/SIPA

L’ennemi est parfois un intime. Une campagne du Collectif féministe contre le viol dévoilée ce mardi, rappelle que dans huit cas de viol sur dix, les agresseurs sont des proches. Le docteur Emmanuelle Piet, présidente du collectif nous décrypte ce chiffre.

Dans 86 % des viols, les agresseurs sont connus des victimes, mais qui sont-ils?

Dans un tiers des cas, il s’agit du compagnon, du mari ou du petit ami de la victime. Dans 20% des cas, d’un membre de la famille (père, grand-père, oncle…), dans 20% encore d’un collègue, dans 10% d’un ami et dans 5 % d’un professionnel qu’elle côtoie (médecin, avocat…). Cela peut être monsieur tout le monde, car les agresseurs appartiennent à toutes les catégories sociales et à tous les âges. Leur seul point commun, est qu’ils ont tous eu une histoire singulière avec la violence: soit ils ont vu leur mère se faire battre par leur père, soit ils ont subi eux-mêmes des maltraitances…

Comment expliquer que tant d’hommes puissent s’en prendre à une femme de leur entourage?

L’agresseur choisit sa victime et le moment où il pourrait commettre son agression. Le fait de la connaître va lui permettre de l’isoler plus facilement, sans soulever sa méfiance. Il va aussi profiter d’un moment où elle sera davantage fragilisée psychologiquement pour agir. Cette femme qu’il connaît, qu’il a même peut être aimée, n’existe alors plus pour lui en tant que personne. Seule compte l’envie de faire mal, de dominer.

L’agresseur a-t-il l’impression qu’il a moins de risques de répondre de ses actes, s’il s’en prend à une femme de son entourage?

Oui, car il va soumettre à sa victime l’injonction de ne pas parler, en lui disant tout d’abord, que personne ne la croira car elle ne pourra rien prouver et qu’elle risque par ses révélations, de casser la famille, la bande d’amis... C’est d’ailleurs malheureusement ce qu’elle fait la plupart du temps puisque l’on estime que seulement 13% des victimes de viol portent plainte.

Le fait de ne pas porter plainte entraine-t-il pour les victimes, le risque de se faire à nouveau agresser?

Oui, car l’agresseur va se sentir tout puissant et puisqu’il a su isoler sa victime une fois, il va parfois tenter de recommencer. Certaines femmes sont ainsi victimes de viols pendant de longues années. Et lorsque l’agresseur ne récidive pas, la victime va être prise souvent prise de panique lorsqu’elle sera amenée à le revoir. Cela augmente encore l’emprise psychologique qu’il peut avoir sur elle.

Le fait que le violeur soit un proche entraine-t-il une perte de confiance en l’humanité encore plus grande chez les victimes?

Oui, car elles vont intérioriser le fait que l’humain est dangereux et développer une méfiance vis-à-vis des autres. Certaines d’entre elles vivront dans un état d’anxiété permanent ou auront des crises de panique dans certaines situations leur rappelant l’agression. C’est bien pour cela que nous les incitons à appeler notre collectif* et que nous appelons leur entourage à les croire et à les accompagner pour faire reconnaître leur agression.

*0 800 05 95 95.