Sécurité privée: «L’offre de professionnels était insuffisante avant les attentats, elle s’est aggravée»

ATTENTATS Face aux demandes qui affluent, les entreprises d’agents de sécurité ne peuvent pas toujours faire face, d’autant qu’il faut trois mois pour former un professionnel…

Oihana Gabriel

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Manifestation des vigiles et agents de securite du metro Tisseo contre la casse de leur contrat de sous-traitance de leur societe vers Tisseo.
Manifestation des vigiles et agents de securite du metro Tisseo contre la casse de leur contrat de sous-traitance de leur societe vers Tisseo. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Depuis les attentats de Paris le 7 janvier, les entreprises de sécurité privée croulent sous les demandes et font face à une pénurie. Au risque de voir quelques dérives. Olivier Duran, porte-parole du Syndicat national des entreprises de sécurité (SNES) qui regroupent 200 entreprises de sécurité privée adhérentes, a répondu aux questions de 20 Minutes.

Est-ce que les demandes ont explosé depuis les attentats de Paris ?

Elles ont notablement augmenté. Nous avons actuellement 400 agents de sécurité supplémentaires. Avec un besoin accru en Ile-de-France, en particulier à Paris notamment dans les gares et devant les grands magasins. Mais quand on sait qu’il y a en Ile-de-France 60.000 agents de sécurité privée, les effectifs n’ont pas doublé. Si la demande a explosé sous le choc des attentats, elle est maintenant plus raisonnée. Mais nous sommes toujours en pénurie.

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Vous parlez de pénurie, est-ce que les entreprises arrivent à faire face à ces demandes?

Le problème de recrutement est structurel dans notre métier. L’offre de professionnels était insuffisante avant les attentats, elle s’est aggravée. Pour prendre un exemple, une entreprise de 1.500 salariés avait demandé 400 agents de sécurité, l’entreprise n’a pu lui proposer que 100 personnes. Il est très compliqué de faire face à une demande urgente. On n’a pas des réserves d’agents sous la main. Pour donner une idée, nous travaillons déjà avec les pouvoirs publics pour organiser la sécurité de façon performante pour l’Euro 2016. Pendant trois à six semaines, il nous faudra 30.000 agents de sécurité supplémentaires. Nous devons recruter deux ans à l’avance.

Comment faire face à cette demande?

Nos entreprises adhérentes essaient d’embaucher des travailleurs qui étaient à temps partiel notamment qui couvrent des événements culturels ou sportifs. On n’a pas l’élasticité nécessaire pour répondre à des demandes immédiates.  Mais au-delà des moyens humains, certains grands magasins peuvent trouver d’autres moyens notamment la vidéosurveillance.

Est-ce que vos exigences sont revues à la hausse après les attentats?

La loi est la loi. Notre métier est très encadré. Nos agents doivent avoir une autorisation d’exercer, c'est-à-dire une carte professionnelle obtenue sur la base d’une enquête de moralité et après une formation de 140 heures. On n’embauche pas n’importe qui. Mais nos exigences ne sont ni renforcées, ni baissées.  

Est-ce que vous craignez qu’il y ait des dérives?

La pire des choses serait que des entrepreneurs peu scrupuleux mettent sur le marché dans cette période très tendue des personnes qui n’ont pas la carte professionnelle. Dans notre métier comme dans d’autres, il arrive que certains fassent appel au travail au noir. C’est de moins en moins le cas car l’Etat contrôle les agents de sécurité au travers du Conseil National des Activités Privées de Sécurité (CNAPS). Mais face à l’afflux de demandes, chacun doit être responsable pour ne pas mettre en place des gardes qui ne correspondent pas aux exigences. Ou qui outrepasseraient leurs droits. Je rappelle que les agents de sécurité privée ne peuvent pas être armés à l’exception des transports de fonds. Et concernant les fouilles, ils peuvent demander aux clients d’ouvrir leurs sacs, mais c’est une invitation et pas une injonction et l’inspection doit rester visuelle.