Attentats à Bruxelles: El Bakraoui, Merah, Kouachi... Le terrorisme islamiste, une affaire de frères?

SECURITE La famille et le premier cercle sont souvent impliqués dans le passage à l’acte…

William Molinié

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Khalid (à gauche) et Ibrahim El Bakraoui.
Khalid (à gauche) et Ibrahim El Bakraoui. — AFP

Mise à jour le 23/03/2016 : Alors que la Belgique a été frappée, le 22 mars 2016, par des attentats terroristes à Bruxelles, les premiers éléments de l’enquête impliquent de nouveau des frères : Khalid et Ibrahim El Bakraoui. 20 Minutes vous propose de relire cet article, paru après les attentats de janvier 2015 à Paris.

Dans les enquêtes antiterroristes médiatisées, les fratries tiennent le haut du pavé. Les plus connus, les frères Merah, se sont radicalisés ensemble. Mais c’est le cadet qui est passé à l’acte. Bertrand Nzohabonayo, tué dans le commissariat de Joué-les-Tours alors qu’il s’apprêtait à porter des coups de couteau à des policiers, avait mis un drapeau de l’organisation de l’Etat islamique sur sa page Facebook. Deux jours après que son frère Brice eut posté le même drapeau… Saïd et Chérif Kouachi se sont formés et entraînés tantôt ensemble, tantôt chacun de leur côté, se rendant soit au Yémen, soit en Arabie saoudite.

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Mercredi 23 mars 2016, une nouvelle fois, ce sont des frères, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, qui ont été identifiés comme deux des trois kamikazes des attentats de Bruxelles, a indiqué le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw. Les deux hommes étaient connus des services de police pour grand banditisme.

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Mimétisme, entraide, endoctrinement mutuel, surenchère… « Le djihad est de toute évidence une affaire de famille », explique Serge Hefez, psychiatre, psychanalyste et responsable de l’unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris. Habitué à travailler avec des parents confrontés à la radicalisation d’un de leur enfant, il explique auprès de 20 Minutes que ce phénomène, contrairement à ce qu’on pourrait penser, « ne se fait pas contre la famille mais pour la famille ». « Dans sa logique, le jeune veut ramener la famille dans la tradition, vers un islam originel. Il se considère comme un sauveur », poursuit-il.

« L’aîné sert le plus souvent d’éclaireur »

La famille devient alors le premier cercle dans lequel le jeune radicalisé va exercer son argumentation et mettre à l’épreuve son prosélytisme. « Il y a dans la fratrie un phénomène d’identification croisée entre frères ou sœurs », ajoute le docteur. « Un rapport de complémentarité se construit. Chacun développe des compétences qui s’amplifient. Dans une fratrie, l’aîné sert le plus souvent d’éclaireur », poursuit-il.

Ainsi, l’aîné des frères Merah, Abdelkhader, mis en examen pour complicité d’actes terroristes, semble avoir été à l’origine de l’endoctrinement de son cadet. Chez les frères Kouachi, Saïd, est le premier à être parti s’entraîner à manier les armes au Yémen. Pareil pour la fratrie Belhoucine, où l’aîné, Mohamed, est le premier à avoir été condamné dans le cadre d’une filière d’acheminement de combattants à destination de la zone pakistano-afghane. C’est son petit frère Mehdi, qui a accompagné dans sa fuite vers la Syrie Hayat Boumeddiene, la femme d’Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otage à Vincennes et de la fusillade à Montrouge. « Il y a parfois une identification à l’aîné beaucoup plus forte qu’au père », complète Serge Hefez.

« Les familles sont déchirées »

Pour autant, toutes les fratries confrontées à la radicalisation d’un des leurs, ne basculent pas forcément dans l’endoctrinement. « J’ai l’exemple d’une famille française musulmane totalement insérée dont le fils s’est radicalisé. La sœur, elle, est totalement révulsée. » Autre exemple, au sein même de la fratrie Merah, des scissions peuvent exister. Ainsi, le plus âgé, Abdelghani, ne partageait pas les convictions radicales de ses frères, Mohamed et Abdelkader, rejoints par leur sœur, Souad. « Les familles sont déchirées. S’installe alors un dialogue de sourds. Car chacun défend à sa façon une famille qui n’est pas la même », ajoute le psychiatre.

Le passage à l’acte n’est pas forcément toujours décidé de concert. Alors que Mohamed Merah a décidé, a priori seul, de tuer des militaires et des juifs, les frères Kouachi, eux, sont sortis du bois en même temps. Et sont morts, côte à côte, les armes à la main.