Absinthe: Le retour de la boisson interdite il y a 100 ans

CONSOMMATION Une quinzaine de distilleries en France produisent environ 800.000 litres d'absinthe par an...

20 Minutes avec agences

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L'absinthe, l'art de la précision.
L'absinthe, l'art de la précision. — 20 Minutes

Dans l'esprit des Français, «l'absinthe est encore la boisson interdite qui rend fou: il y aura toujours un mystère autour de cette boisson», prédit Fabrice Herard, organisateur des Absinthiades de Pontarlier (Doubs), une manifestation dédiée à l'absinthe.

Muse du peintre Van Gogh et du poète Verlaine dont Émile Zola a décrit les ravages dans L'Assommoir, l'absinthe est la boisson des artistes du 19e siècle. Sulfureuse, accusée de «rendre fou», la «Fée verte» connaît une nouvelle vie.

La thuyone n'est pas néfaste

Car aujourd'hui, «des études montrent que la thuyone, l'une des molécules de la plante d'absinthe, n'est pas néfaste, les effets pervers de l'absinthe étaient dus à l'alcool», souligne François Guy, propriétaire de la distillerie du même nom, créée en 1890 par son grand-père à Pontarlier (Doubs), rappelant qu'à l'époque «l'absinthe rendait fou parce que les gens en consommaient trop et à un degré trop fort». 

Dans les années 1900, Pontarlier, située près de la Suisse, compte 23 distilleries et 111 bistrots. Les distilleries font travailler près de 3.000 personnes et produisent plus de 10 millions de litres livrés au monde entier. Son interdiction provoque une catastrophe économique. Mais voilà, les premiers produits français à base de plantes d'absinthe, réapparaissent en 1999 et la dénomination «absinthe» est ensuite ré-autorisée par la loi du 17 mai 2011. Pontarlier renaît et la Fée verte connaît un nouvel essor. D'après la Fédération française des spiritueux, une quinzaine de distilleries en France produisent environ 800.000 litres d'absinthe par an.

Le mythe de la boisson interdite

«On progresse petitement, mais on progresse», affirme François Guy dont la production d'absinthe est passée de 7.200 litres en 2001 à 30.000 litres en 2014. Il espère «produire 100.000 litres dans les années à venir» et vient de décrocher l'indication géographique (IG) «absinthe de Pontarlier», publiée au Journal officiel en juillet 2013. Son IG doit désormais être homologuée au niveau européen.

Chose qui devrait vite se concrétiser l'élixir des poètes connaissant un franc succès à l'étranger. «La vente d'absinthe va de mieux en mieux, on dépote!» se réjouit Martial Philippi, le patron de l'Absinth Depot à Berlin. Selon ce passionné qui propose 300 absinthes différentes, «le mythe de la boisson interdite attire et fascine les gens de toutes les couches de société, comme cent ans en arrière».