La Belgique, un vivier de terroristes?

ATTENTATS Une opération anti-terroriste a été menée jeudi soir en Belgique, un des carrefours européens du djihadisme…

Audrey Chauvet (avec AFP)

— 

Des policiers à Verviers en Belgique lors du démantèlement d'une cellule terroriste le 16 janvier 2015
Des policiers à Verviers en Belgique lors du démantèlement d'une cellule terroriste le 16 janvier 2015 — John Thys AFP

La Belgique, nid de djihadistes? Après l’opération antiterroriste menée ce jeudi soir à Verviers, Bruxelles et Anvers, l’Europe se tourne avec anxiété vers le plat pays. Les djihadistes ont-ils trouvé en Belgique une base pour leurs actions?

Selon les données officielles, quelque 335 Belges sont partis ces dernières années combattre en Syrie: 184 y seraient toujours, 50 sont morts et 101 sont revenus en Belgique. Un nombre proportionnellement très élevé pour un pays de 11 millions d'habitants. Un «effet statistique» qui ne doit pas faire oublier qu’en Europe «beaucoup de pays sont des carrefours pour le djihad», rappelle le spécialiste belge du terrorisme Claude Moniquet, interrogé par France3. «L’Angleterre l’a été il y a une quinzaine d’années pour la préparation des attentats du 11 septembre, la France n’est pas si mal lotie que ça».

400 à 600 jeunes belges concernés par le djihad

Toutefois, l’expert estime que «la Belgique est un pays dans lequel il y a eu pendant très longtemps une tolérance qui confinait à la faiblesse». La Belgique s'est en effet longtemps considérée comme relativement à l'abri d'actions sur son sol, le pays étant plutôt utilisé comme base arrière par les groupements radicaux. Elle a néanmoins été l'un des premiers pays européens à tirer la sonnette d'alarme, début 2013, sur la menace représentée par les jihadistes européens de retour de Syrie et d'Irak.

L’émergence récente à Anvers du groupuscule Sharia4Belgium a encore précisé la menace contre le pays. Mené par un leader charismatique, Fouad Belkacem, ce groupe de quelques dizaines de membres s'est spécialisé dans l'envoi de volontaires pour la Syrie. Mais il a aussi menacé d'attaquer des lieux symboliques, comme le palais royal, et réclamé l'instauration d'un «Etat islamique» en Belgique. «Aujourd’hui, environ 400 à 600 jeunes belges sont concernés par le djihad en Syrie, soit qu’ils y soient, soit qu’ils y aient été, soient qu’ils pensent y aller. On enregistre encore plusieurs départs par semaine», chiffre Claude Moniquet.

Des zones paupérisées

La plupart des jeunes partis de Belgique sur les terrains d'opération syrien ou irakien proviennent de quelques quartiers aux caractéristiques similaires: les zones paupérisées et à forte population d'origine immigrée d'Anvers et de Bruxelles, ou encore de Vilvorde, d'où sont partis 28 jeunes. Verviers, épicentre de l'opération de jeudi, est un autre bastion du radicalisme: l'ancienne «capitale mondiale de la laine» est devenue l'une des villes les plus pauvres du pays. Quelque 15% de sa population est d'origine étrangère. Elle compte notamment des communautés tchétchènes et somaliennes, dont certains membres proches des shebab, selon la presse belge.

La Belgique a durci sa législation antiterroriste depuis les attentats du 11 septembre 2001, sécurisé ses passeports et multiplié les démantèlements de réseaux. Fin 2008, un coup de filet avait été mené à la veille d'un sommet européen à Bruxelles, qui avait failli être annulé. Les autorités n'ont toutefois pas réussi à empêcher l'attentat contre le Musée juif de Bruxelles, qui avait fait quatre morts en mai dernier. Il avait été commis par un Français revenu de Syrie, Mehdi Nemmouche.