Attaques à Paris: Pourquoi une partie de la jeunesse est séduite par les théories du complot

CONSPIRATIONNISME 1 jeune sur 5 adhèrerait aux thèses complotistes, selon la ministre de l'Education Nationale...

Thibaut Le Gal

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Lycéens devant un établissement, illustration
Lycéens devant un établissement, illustration — FRED DUFOUR / AFP

A chaque attentat, sa théorie du complot. Sur les réseaux sociaux, les thèses conspirationnistes ont abondé quelques heures seulement après l’attaque de Charlie Hebdo. Traces de sang, couleur de rétroviseur, gilet pare-balles: les questionnements (parfois légitimes) ont nourri les théories les plus farfelues. Un mal qui touche particulièrement la jeunesse.

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«Un jeune sur cinq» touché

«Il y a 20 ou 30 ans, 90% de ce qu’apprenait un élève lui provenaient soit de ses parents, soit de l’école. Aujourd’hui, la proportion s’est inversée», a expliqué Najat Vallaud-Belkacem ce jeudi à RTL. Lycéens et collégiens s'informent largement sur Internet. «Ils [y] trouvent notamment ces théories du complot qui sont en train, vraiment, de miner notre jeunesse. Un jeune sur cinq aujourd’hui adhère aux théories du complot», a regretté la ministre de l’Education Nationale.

Le champ du conspirationnisme s’est élargi. «Depuis une dizaine d’années, le phénomène va au-delà du cercle extrémiste habituel et touche toutes les classes de la population», précise Bruno Fay, journaliste indépendant et auteur de Complocratie. «Lors de l’affaire du Sofitel, une large majorité des Français pensait que DSK était victime d’un complot. Ce conspirationnisme de masse trouve un large écho chez les jeunes qui ont moins de recul, et sont très présents sur les réseaux sociaux».

«Accélération du temps médiatique»

Preuve du malaise, le sujet a été abordé lundi lors d’une réunion entre la ministre et les principaux syndicats lycéens. «Les récentes attaques ont mis en avant ce fléau qui gangrène l’esprit des jeunes. Certains sont venus nous demander si tout ça n’était pas une manipulation de l’Etat pour nuire aux musulmans, renvoyant vers les sites complotistes d’Alain Soral ou de Dieudonné», explique Eliott Nouaille, président du SGL (Syndicat général des lycéens).

L’«hyper-information» et l’«accélération du temps médiatique» ont créé ce nouveau complotisme. «Le temps médiatique ne correspond plus au temps de l’enquête. Les théories  conspirationnistes naissent avant même les thèses "officielles". Un exemple: la présence d’un prétendu complice, échappé de l’Hyper Casher, peu présente dans les médias. L’explication est arrivée 24 heures après [Il s’agissait de Lassana Bathily, un employé qui a réussi à s’échapper]. De nombreux conspirationnistes ont profité de ce trou noir pour s'y engouffrer».

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«Les traiter de fous, c'est nourrir le conspirationnisme»

«Il y a une méfiance de ces jeunes envers les médias, les institutions», ajoute Corentin Durand, président du syndicat UNL (Union nationale lycéenne). «Lorsqu'ils s’enferment dans leurs théories, il est difficile de les sortir de leurs doutes». D'autant plus que ces doutes sont relayés par des sites complotistes, «dirigés par des gens qui sont dans la manipulation, surfent sur cette "naïveté" pour délivrer une idéologie politique, souvent d'extrême droite», prévient Bruno Fay.

Comment lutter efficacement? «Insulter ces jeunes, les traiter de fous, c’est une manière de les exclure et de nourrir le conspirationnisme. La plupart du temps, leurs doutes expriment une naïveté ou une méconnaissance des sujets. Il faut répondre à leurs interrogations, en déconstruisant les incohérences, dans les médias notamment».

La Fidl, l'UNL, et le SGL vont eux lancer un site, indépendant du ministère et des médias, d'ici deux semaines, pour lutter contre ce conspirationnisme 2.0.