Aux abords de l’Hyper Cacher, les hommages continuent, mais la vie reprend

REPORTAGE Presque une semaine après le drame qui s'est déroulé Porte-de-Vincennes, des passants continuent à affluer pour se recueillir...

Delphine Bancaud

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Des passants se recueillent devant l'Hyper Cacher, le 15 janvier 2015.
Des passants se recueillent devant l'Hyper Cacher, le 15 janvier 2015. — Delphine Bancaud/20 minutes

Des monceaux de fleurs, de bougies et de petits mots. Une semaine après la prise d’otages meurtrière à la Porte de Vincennes, les hommages aux victimes continuent aux abords de l’Hyper Cacher. «Ça ressemble au mémorial de Diana au-dessus du pont de l’Alma juste après sa mort», commente Gilbert, chef d’entreprise à Créteil, qui passe tous les jours depuis le drame pour se recueillir. «Ça calme ma colère», confie-t-il.

A quelques mètres de lui, deux retraitées Marie-Jeanne et Marie-Jo, sont venues déposer des bouquets de fleurs: «On vient ici comme en pèlerinage. On n’a pas pu manifester dimanche, mais on voulait témoigner notre peine pour les victimes. Si elles sont toutes réunies là-haut, cela les réconfortera peut-être de voir qu’on ne les oublie pas», lance Marie-Jeanne en jetant les yeux vers le ciel.

Une atmosphère lourde

Alors qu’un journaliste britannique fait un duplex avec sa rédaction devant le lieu de l’attentat, plusieurs passants prennent des photos de la devanture du magasin, parsemée d’impacts de balles. «C’est impressionnant», souffle l’un d’eux. Une femme pose une bougie, en écrasant une larme. Le vent souffle sur les drapeaux français et israéliens posés sur les grilles.

Plusieurs policiers, aux aguets, font les cent pas aux abords du magasin et un camion de pompiers est stationné à deux pas. Preuve de la tension qui règne encore sur les lieux du drame. «J’ai bien peur que nous soyons la cible d’autres attentats», confie un étudiant juif, qui scrute les petits mots laissés par les passants: «Morts pour rien», «Je suis Hyper Cacher», «Reposez en paix», «J’étais François-Michel Saada», «N’oublions pas nos anonymes assassinés»…

Mais le silence est bientôt rompu par Michèle, qui a visiblement besoin de parler: «J’ai quitté l’Hyper Cacher 10 minutes avant la fusillade vendredi. Le bon dieu m’a donné une prolongation», confie-t-elle, en expliquant qu’elle n’avait pas eu la force avant ce jeudi de revenir sur les lieux du drame. «J’ai été servie par Yohan Cohen, qui était charmant et très souriant. Et dire qu’il s’est fait tuer quelques minutes plus tard…», poursuit-elle bouleversée. Tout près deux femmes prient, leur Torah sous les yeux, sans se laisser troubler par la pluie qui accentue l’impression de tristesse.

«A demain, si Dieu le veut»

De son côté Gilbert refuse de tomber dans la sinistrose: «Les terroristes veulent annihiler ce qui exprime la vie: un journal humoristique, comme un commerce juif qui fonctionne. Il ne faut pas leur donner raison et s’arrêter», s’exclame-t-il, avant de nous inviter boire un café chez Charles traiteur, le magasin voisin de l’Hyper Cacher qui vient de rouvrir ce jeudi. «La vie continue, malgré tout. Les clients n’arrêtent pas de nous appeler pour nous soutenir et ont promis de revenir», renchérit Jean-Jacques, un employé du magasin.

Sa collègue musulmane, encore traumatisée par le drame, dit ne pas craindre les amalgames de la part des clients. «On est très rassuré par la présence policière» ajoute Jean-Jacques. Si les clients sont encore peu nombreux ce midi, tous ont un petit mot pour les employés. Après avoir payé, l’un d’eux tourne les talons en lançant «A demain, si Dieu le veut».