Attaques terroristes à Paris: Opération exceptionnelle avec plus de 10.000 militaires mobilisés

SOCIETE La mobilisation d’une dizaine de milliers de militaires sur le sol français est une première…

Anne-Laëtitia Béraud

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Des soldats se préparent aux missions de surveillance du territoire, au camp de Satory à Versailles, le 13 janvier 2015.
Des soldats se préparent aux missions de surveillance du territoire, au camp de Satory à Versailles, le 13 janvier 2015. — Christophe Ena/AP/SIPA

«C’est la première fois qu’il y a une mobilisation de cette ampleur, car les menaces restent présentes». Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé lundi le déploiement sous 48h de 10.500 militaires pour «assurer la sécurité des points sensibles» de France. Ces sites sont «des lieux de cultes juif et musulman, des écoles, des transports, des sites militaires». Ce déploiement de militaires sur le territoire national, en «opération intérieure», est exceptionnel. Tour d’horizon des principales questions-réponses sur cette actualité…

Pourquoi cette «opération intérieure» est-elle exceptionnelle?

Celle-ci est exceptionnelle par le nombre des militaires engagés dans une opération de surveillance sur le sol national. Plus de 10.500 militaires sont mobilisés ce mercredi en France, dont 8.000 au titre du plan Vigipirate. Ce chiffre est supérieur aux 8.350 militaires engagés en «opérations extérieures», notamment au Sahel et au Moyen Orient.

Par ailleurs, ce sont «plus de 122.000 personnes» qui sont affectées à la protection permanente «des points sensibles et de l'espace public», a souligné mardi Manuel Valls devant l'Assemblée nationale. Lors de son discours à l'occasion de la séance spéciale d'hommage aux victimes des attentats, le Premier ministre a indiqué que «partout sur le territoire, des militaires, des gendarmes, des policiers sont mobilisés. Les renforts de soldats affectés - en tout, près de 10.000 (...) et c'est sans précédent, permettent un niveau d'engagement massif».

>> «La question de la répartition des compétences entre armée, police et gendarmerie va se poser». Lire l'interview d'Olivier Renaudie, professeur de droit public à l’université de Lorraine.

Les militaires actuellement en «opérations extérieures» vont-ils être transférés vers la France?

Le gouvernement n’a pas l’intention de réduire le nombre de militaires combattant à l’étranger et mardi, l'Assemblée nationale a donné son feu vert sur la prolongation de l'engagement militaire français contre Daech en Irak. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a résumé dimanche, sur Europe 1, l’esprit de ce engagement hors du territoire: «Certains pourraient être tentés de dire  “On va se replier sur nous-mêmes, on ne va s’occuper de rien du tout et, comme ça, on sera protégés.” C’est une erreur totale (…) Ce n’est pas parce qu’on serait repliés sur nous-mêmes que [les terroristes] cesseraient de venir chez nous.»

Les limites de l'armée française, en termes d’effectifs, sont-elles franchies?

La durée de cette opération, qui n’est pas connue ce mercredi, pose question. Car si l’armée peut assurer ce type de mission exceptionnelle,  «le roulement des effectifs employés en flux tendus ou encore la vétusté de certains matériels posent problème», souligne le professeur de droit public Olivier Renaudie, spécialiste de la sécurité. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a expliqué mardi sur Europe 1 que «la question [des effectifs] sera abordée lorsque le Parlement sera saisi. C'est prévu, dans quelques semaines.»

Les armées vont-elles continuer à réduire leurs effectifs?

C’est un point sensible, car depuis des années et dans une logique d’économies, les armées françaises réduisent leurs effectifs. Pour l’année 2015, 7.500 postes doivent être supprimés, selon la loi de programmation militaire 2014-2019. Cependant, lors de ses vœux aux armées ce mercredi, François Hollande a annoncé que compte tenu de la «situation exceptionnelle» créée par les récents attentats, le «rythme de réduction» des effectifs dans la Défense devait être «revu et adapté»