Attentat à «Charlie Hebdo»: A Bobigny, l'adieu à Ahmed Merabet, qui «a servi son pays et les hommes sans distinction»

REPORTAGE Le policier Ahmed Merabet, assassiné le 7 janvier après l'attentat contre «Charlie Hebdo», a été enterré ce mardi au cimetière musulman de Bobigny…

Anne-Laëtitia Béraud

— 

Le cercueil du policier assassiné Ahmed Merabet au cimetière de Bobigny, le 13 janvier 2015.
Le cercueil du policier assassiné Ahmed Merabet au cimetière de Bobigny, le 13 janvier 2015. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Des prières et le silence. Au cimetière musulman de Bobigny (Seine-Saint-Denis), derrière le porche d'entrée au fond de l’impasse Arago, on enterre ce mardi après-midi Ahmed Merabet. Policier au commissariat du 11e arrondissement de Paris, l’homme de 40 ans a été tué en pleine rue par l'un des frères Kouachi, quelques minutes après l'attaque contre «Charlie Hebdo».

>> VIDEO. A l’enterrement d’Ahmed Merabet, un message de rassemblement

 

Plusieurs centaines de personnes, dont des religieux musulmans, des policiers, des amis et des anonymes entourent la famille Merabet pour dire adieu à «Ahmed, notre frère». Sous la vaste tente blanche, hommes devant et femmes derrière, se déroule la prière. Le cercueil du policier est recouvert d'un drapeau français et entouré d’hommes portant des coussins bleus ornés de son képi et de ses décorations, dont la légion d’honneur décernée à titre posthume par le président François Hollande. De nombreuses gerbes de fleurs et des bouquets ont été apportés.

AL BERAUD/20 MINUTES
 

Le recteur de la Grande mosquée de Paris et président du CFCM Dalil Boubakeur salue la mémoire du policier «qui a servi, en tant que citoyen, ce pays, sa sécurité, ses hommes sans distinction». Des appels au «rassemblement» sont prononcés par des représentants catholiques et juifs, avant que des femmes lancent des youyous.

Non loin de l’entrée de la tente se trouvent sœurs Atika et Nadira, qui connaissent la famille du policier de Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis. «On est effondrées, toujours sous le choc», racontent les femmes aux voiles de couleur. «On a énormément de peine pour la maman Houria et la compagne d’Ahmed, qui est dévastée. On arrive toujours pas à croire à ce qui s’est passé». Venues rendre hommage «à toutes les victimes», elles pensent déjà à demain, à un demain où il ne faut pas laisser vaincre la peur. «On est en République, il y a des lois. Il va falloir encore plus de pédagogie, mais aussi de la surveillance, et aussi des moyens répressifs pour éviter ces drames».

«Un poignard dans le coeur»

Après la prière, le cercueil d’Ahmed Merabet est emmené à quelques dizaines de mètres de là, pour la mise en terre. Des applaudissements retentissent au passage de policiers venus se recueillir auprès de leur ancien collègue.

AL BERAUD/20 MINUTES
 

«Cette journée, c’est un poignard dans le cœur», confie monsieur Makhlouf, un habitant de Bobigny. «Des barbares qui se disent musulmans font ça. Des musulmans? Non! Ce sont des tordus qui se sont fait retourner la tête dans des mosquées et sur Internet», ajoute-t-il. L’enterrement d’Ahmed Merabet lui rappelle un souvenir tragique: «Mon fils de 25 ans s’est fait assassiner par des islamistes en 1997 en Algérie. Il  conduisait un camion pour l’Etat, et ils l’ont tué. Ce qui s’est passé la semaine dernière, c’est comme si cela recommençait», confie-t-il, les larmes aux yeux. «En fait, ça ne s’arrête jamais».