Procés Detré: Le prêtre pédophile craque à l'audience

JUSTICE Le prêtre Philippe Detré, jugé pour des viols et agressions sexuelles sur au moins quinze mineurs, a craqué au premier jour de son procès...

20 Minutes avec agences

— 

Entrée des Assises du Nord à Douai, le 1er septembre 2014
Entrée des Assises du Nord à Douai, le 1er septembre 2014 — O. Aballain

Prostré, la mine grave, le menton rentré dans son pull bleu, Philippe Detré, 70 ans, écoute la liste des faits perpétrés de 1976 à 2011 à Merville, Loos et autres communes du Nord, égrenée par la présidente de la cour d'assises. L'ancien curé de Bollezeele, dans les Flandres, a été arrêté en juillet 2012 pour des faits de pédophilie. Les victimes sont nombreuses, plus d'une dizaine pour lesquelles les faits ne sont pas prescrits, près de trente au total.

C'est l'attitude qu'adoptera l'accusé toute la journée: repentant, il est prêt à avouer ses crimes et à demander pardon à ses victimes. Et si, en début de journée, il conteste certains «détails», telles l'absence de consentement mutuel, il craque en fin de journée, après les violentes remontrances de son propre avocat - «C'est maintenant!» - et avoue: oui, l'accusé dont il est alors question dit l'entière vérité.

Un «cérémonial... d'agression»

Un peu plus tôt, la présidente de la cour lisait la déposition d'un handicapé aujourd'hui âgé de 51 ans et qui, à 16 ans et pendant plusieurs années, subit des agressions sexuelles. L'atmosphère est lourde lorsque de sa voix sourde, il répond tant bien que mal par oui ou non aux questions: était-il consentant, a-t-il résisté, pourquoi s'est-il laissé faire? Philippe Detré raconte ensuite, dans un silence de mort, que s'il avait une serviette pour s'essuyer après l'acte, elle avait aussi sa place dans son «cérémonial... d'agression».

>> En savoir plus: Pédophilie: Le pape crée une commission pour accélérer l'examen des appels de prêtres

Solitude extrême après avoir vécu au sein d'une famille nombreuse, humiliations par ses frères devant sa mère autoritaire, complexe d'infériorité de ne détenir qu'un CAP boucherie avant d'être ordonné prêtre, problèmes de sexualité nés dans l'enfance et l'adolescence: tels sont les quelques facteurs qui transparaissaient des premiers témoignages, dans la matinée.

Une marque d'amour qui aurait «dérapé»

Philippe Detré, les mains jointes sur son ventre rebondi, relate avec émotion la fois où ses frères se sont moqués de la taille de son sexe, le déshabillant devant leur mère, son modèle et le véritable chef de famille. Il raconte aussi comment, vers l'âge de 10 ans, un voisin de son âge le tripote, et comment ses parents se sont contentés de solder le conflit avec les autres parents, «sans s'occuper de [lui]». Il évoque, enfin, la solitude qui a suivi son ordination de prêtre, quand, après une journée au sein de sa communauté paroissiale, il doit passer la soirée seul chez lui. Les relations sexuelles avec les enfants seraient pour lui, «un moyen d'aider», une marque d'amour qui aurait «dérapé».

Un «dérapage» qui durera près de trente-cinq ans, sans qu'aucun ecclésiastique ne s'étonne du fait que Philippe Detré accueillait souvent des mineurs à son presbytère. Lorsque le prêtre a été mis en garde à vue, en 2012, «on est tous tombés du grenier à la cave», a conclu Mgr Laurent Ulrich, l'archevêque de Lille, venu témoigner ce lundi.