VIDEO. Prise d’otages porte de Vincennes: «J’ai dû enjamber le jeune homme qui perdait son sang»

RECIT «20 Minutes» retrace la prise d’otages de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes avec trois témoignages…

Vincent Vantighem

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Les otages libérés de l'épicerie cacher à porte de Vincennes, le 9 janvier 2015.
Les otages libérés de l'épicerie cacher à porte de Vincennes, le 9 janvier 2015. — THOMAS SAMSON / AFP

Il était un peu moins de treize heures, vendredi. Mickaël se rend, avec son fils de trois ans, à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes pour acheter du pain et du poulet pour le shabbat. Au moment de payer, il entend une détonation très forte. Pas inquiet, il pense qu’un pétard a éclaté. Mais, en relevant les yeux, il découvre, horrifié, «un homme noir armé de deux kalachnikovs». «J’ai compris toute de suite ce qu’il se passait.»

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Amédy Coulibaly vient de faire son entrée dans le supermarché du sud de Paris. Le temps que le terroriste pénètre dans le magasin, un petit groupe de personnes a le temps de se retrancher dans le fond. «J’ai pris mon fils par le col et je l’ai entraîné au fond du magasin où nous avons emprunté, comme d’autres clients, un escalier en colimaçon menant au sous-sol. En bas, nous avons pénétré à l’intérieur d’une des deux chambres froides. La nôtre ne fermait pas de l’intérieur: nous étions terrorisés…»

«Vous voyez de quoi je suis capable»

A l’étage, le preneur d’otages montre qu’il n’a peur de rien. «Une personne a voulu partir. Il lui a tiré dans le dos», assure Sophie, en larmes, au micro d’Europe 1. Le terroriste est conscient que des personnes se trouvent en bas. «Il a demandé à la jeune fille d’aller chercher les autres personnes qui étaient en bas…»


Tout en donnant ses indications, Amédy Coulibaly pose une de ses armes automatiques devant lui. «Le jeune qui était en face de lui a pris le fusil d’assaut et a voulu lui tirer une balle, poursuit Sophie. Mais lui a été plus rapide et lui a mis une balle dans la gorge. Le pauvre jeune homme est tombé…» «Vous voyez de quoi je suis capable», lance alors le preneur d’otages.

«Il nous a dit qu’il avait tué la policière de Montrouge»

En bas du magasin, l’attente se poursuit. Jusqu’à ce que Sophie vienne chercher les personnes cachées. «J’ai dû enjamber ce pauvre jeune homme qui perdait son sang. J’ai dit aux autres de remonter.» Certains décident de rester planqués. D’autres, comme Mickaël, remontent.

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Accompagné de sa compagne, Nessim* est tout le temps resté à l’étage. Avisant le jeune sur qui il vient de tirer, Amédy Coulibaly demande aux autres s’ils veulent qu’il «l’achève». «On lui a dit que non, raconte Nessim à Libération. Il nous a très vite dit que c’est lui qui avait tué la policière de Montrouge (Hauts-de-Seine).»

«Ils vont voir s’il n’y a pas de morts…»

«A un moment donné, il s’est servi dans les rayons pour se faire un sandwich, poursuit Nessim. Il nous a dit ‘’Allez-y les gars, faîtes comme chez vous.’’ Ensuite il a voulu BFM. Il était très intéressé par cette chaîne. Comme la télé ne donnait pas toujours les bonnes infos, il s’est énervé. Il a dit: ‘’Comment ça, il n’y a pas de morts? Ils vont voir s’il n’y a pas de morts…’’»


L'exfiltration des otages Porte de Vincennes à... par 20Minutes

Après être remonté avec son fils, Mickaël attend dans l’angoisse. Malgré ça, il parvient à récupérer son téléphone portable. «Pendant qu’il déambulait dans les rayons, j’ai réussi à entrer en contact avec la police à l’extérieur.» Amédy Coulibaly s’est mis à prier. «Mon portable était allumé. Les policiers l’ont donc entendu.»

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Quelques instants après, quatre lourdes détonations retentissent dans le magasin. Le rideau de fer se lève. Des coups de feu éclatent. Les policiers «neutralisent» le preneur d’otages et libèrent les otages. Ils découvrent également les corps sans vie de quatre personnes. «J’ai beaucoup pensé à ma mère. Je l’ai appelé pour lui dire que j’allais sans doute mourir, raconte encore Nessim. Je pense que je vais prendre une semaine de repos maintenant…»

* Le prénom a été changé