Attaques terroristes à Paris: Où en est l'enquête après la fin de la traque?

POLICE Les questions autour d'un quatrième homme planent...

M.P. avec AFP
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Des enquêteurs sur les lieux de la fusillade à Montrouge qui a coûté la vie à une policière municipale le 8 janvier 2015
Des enquêteurs sur les lieux de la fusillade à Montrouge qui a coûté la vie à une policière municipale le 8 janvier 2015 — Kenzo Tribouillard AFP

Les enquêteurs avancent à grand pas dans l'enquête sur les multiples attentats qui ont tué 17 personnes à Paris la semaine dernière. Financement, traque d'éventuels complices, parcours des terroristes: les enquêteurs de la sous-direction antiterroriste ont du pain sur la planche. 20 Minutes fait le point 

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Existe-t-il un quatrième homme?

Les enquêteurs ont la conviction qu'Amedy Coulibaly, le preneur d'otage de Vincennes, est bien l'homme qui figure dans une vidéo diffusée dimanche où il évoque les attaques, notamment celle de la prise d'otages dans le supermarché casher. Or, cet assaut s'est soldé par la mort de Coulibaly. Selon les enquêteurs, cette vidéo a donc été montée et diffusée par un ou des tiers. Coulibaly avait «sans doute un complice», a abondé lundi matin Manuel Valls, sans que l'on sache s'il se trouve en France ou à l'étranger. Par ailleurs, la Turquie a officiellement confirmé que sa compagne, Hayat Boumeddiene, était entrée en Syrie le 8 janvier, soit le lendemain de l'attaque sur Charlie Hebdo.

Le lien avec l'agression d'un joggeur

Les enquêteurs ont fait un rapprochement entre une arme retrouvée dans le supermarché casher, un pistolet Tokarev, et l'agression d'un joggeur mercredi soir à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine). Le tireur était-il Coulibaly ou quelqu'un d'autre? Cette seconde hypothèse accréditerait la thèse d'une cellule plus structurée que ce qui était envisagé au départ. Avant de sombrer dans le coma, la victime, blessé au dos et aux jambes avait décrit son agresseur comme étant de «type européen», ce qui ne colle pas avec Coulibaly, relève Le Parisien.

Le mystère de l'explosion d'une voiture piégée à Villejuif

Dans un premier temps, des sources proches de l'enquête avaient écarté tout lien entre ka voiture qui a explosé à Villejuif jeudi soir et les attaques de Charlie Hebdo et de Montrouge. Mais le parquet antiterroriste s'est finalement saisi de ce dossier dimanche, alors que dans la vidéo diffusée dimanche, cette explosion est décrite comme commise par Coulibaly. Outre cette revendication, les enquêteurs disposent d'éléments accréditant la thèse d'un lien avec Coulibaly, a-t-on indiqué de source proche du dossier, sans donner plus de détails.

L'environnement islamiste des tueurs

Les frères Kouachi, Saïd comme Chérif, tout comme Coulibaly, étaient connus des services de police. Chérif Kouachi a été condamné dans une affaire de filière d'envoi en Irak de djihadistes parisiens, endoctrinés par un «émir», Farid Benyettou. Coulibaly a purgé une peine de prison ferme pour avoir trempé dans un projet d'évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, un ancien des GIA algérien condamné pour sa participation à la vague d'attentats de 1995.

Coulibaly comme Chérif Kouachi étaient des proches d'une autre figure de l'islamisme radical français, Djamel Beghal, détenu dans le dossier de l'évasion. Son avocat a affirmé que Beghal n'était pour rien dans les crimes des Kouachi et de Coulibaly. Mais les enquêteurs chercheront à déterminer s'il a été récemment en relation avec l'un des assassins. Son audition ne fait guère de doute.

La provenance des armes et le financement

Les Kouachi comme Coulibaly détenaient un armement substantiel. Selon un spécialiste, les armes retrouvées en leur possession avaient une valeur sur le marché noir de 7.000 euros pour les frères Kouachi, de 6.000 euros pour Coulibaly. D'autres armes et du matériel militaire ont été retrouvés dans la «planque» de Coulibaly. Comment leur achat a-t-il été financé? Les frères Kouachi semblent avoir versé dans la contrefaçon, selon une source proche du dossier, et Coulibaly était un délinquant de droit commun endurci. Dans la vidéo diffusée dimanche, il dit avoir donné des «milliers d'euros» à l'un des frères Kouachi pour financer l'opération, tandis que Chérif Kouachi, dans un enregistrement à BFM TV, dit être financé par Al-Qaïda au Yémen.

Une cellule autoactivée?

Ceux qui ont assassiné dix-sept personnes en trois jours à Paris forment-ils une de ces cellules dormantes autoactivées appelées de ses vœux par Al-Qaïda? Chérif Kouachi a affirmé avoir été missionné par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa). Dans la vidéo diffusée sur le net, l'homme qui est sans grand doute Coulibaly dit avoir «fait allégeance» à l'organisation de l'Etat islamique (EI) et explique s'adresser à son chef, «calife des musulmans Abou Bakr al-Baghdadi, calife Ibrahim». Ni Al-Qaïda, ni EI n'ont revendiqué ces attentats.

Les voyages à l'étranger des Kouachi.

Saïd et Chérif Kouachi sont allés en 2011 au Yémen, place-forte pour les djihadistes. Des témoignages sur place font également état de la présence de Saïd dans ce pays en 2009 et 2013, mais cela n'a pas été confirmé par les enquêteurs français.

Les investigations s'attacheront à déterminer le parcours exact de Coulibaly et des frères Kouachi dans les mois récents. Et de comprendre pourquoi ces hommes, bien connus des services antiterroristes sont sortis des radars. Au printemps 2014, décision avait été prise d'arrêter d'écouter les Kouachi qui n'étaient plus considérés comme une cible prioritaire par les services, concentrés sur d'autres groupes dont plusieurs ont d'ailleurs été démantelés.