Attaque à Charlie Hebdo: Chérif Kouachi, un voisin discret, «un fidèle lambda»

TERRORISME A Gennevilliers où il vivait, personne n'imaginait que Chérif Kouachi deviendrait l'un des trois djihadistes qui ont terrorisé la France depuis la tuerie de Charlie Hebdo...

20 Minutes avec AFP

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Chérif Kouachi, un des hommes suspectés de l'attaque de Charlie Hebdo
Chérif Kouachi, un des hommes suspectés de l'attaque de Charlie Hebdo — REX/REX/SIPA

Un voisin gentil, «d'une politesse presque curieuse», un fidèle qui se fondait dans la masse: à Gennevilliers où il vivait, personne n'imaginait que Chérif Kouachi deviendrait l'un des trois djihadistes qui ont terrorisé la France depuis la tuerie de Charlie Hebdo.

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«Il était très serviable, ultra poli, une politesse presque curieuse»... Cet homme d'une soixantaine d'années, qui veut rester anonyme, n'en revient toujours pas: il a vécu toutes ces années à quelques mètres de l'auteur de l'attentat, au 4e étage d'un immeuble populaire, planté dans une rue tranquille de cette ville au nord-ouest de Paris.

Le sexagénaire, rare voisin à ouvrir sa porte, se souvient d'un homme calme, et peu disert. «On se disait bonjour en arabe, sans plus.» Mais l'homme, «t-shirt, baskets, jeans», «habillé pas du tout islamiste», se distinguait seulement par son amabilité. Ainsi, «il aidait les jeunes filles avec des caddies un peu lourds». Et il lui arrivait de «prêter des tournevis et des marteaux à des voisins».

Il «baissait les yeux quand il croisait les femmes»

Il vivait avec son épouse, qui portait un voile intégral, dans un immeuble propret de Gennevilliers, une banlieue au nord-ouest de Paris. «Quand je prends l'ascenseur, elle descend l'escalier: faudrait pas qu'elle croise le regard d'un homme!», ironise le voisin.

Chérif, quant à lui, «baissait les yeux quand il croisait les femmes», raconte encore le retraité, qui assure qu'il «connaissait Wolinski», l'une des douze victimes de la tuerie de Charlie Hebdo.

A la mosquée Ennour de la ville, où Chérif Kouachi venait prier «certains vendredis seulement», c'est la même «stupeur, la même «grande surprise», devant les actes présumés de ce «fidèle lambda».

«Il ne présentait pas de signes qui montrent une très grande piété»

L'homme ne présentait «aucun signe de radicalisation, il passait tellement inaperçu que personne ne pensait qu'il avait de telles idées», souligne Mohammed Benali, le président de l'association de la mosquée, lors d'un point presse improvisé vendredi.

Chérif Kouachi, qui venait prier «seul», n'était pas spécialement connu des habitués. «Il était très discret, ne présentait pas de signes qui montrent une très grande piété», assure le responsable.

«La France lui a tout donné»

Il avait toutefois fait parler de lui «avant les présidentielles» de 2012, poursuit Mohammed Benali: «l'imam a demandé aux fidèles d'aller s'inscrire sur les listes et d'aller voter. Lui n'était pas d'accord, il a abandonné la prière, le service d'ordre est intervenu pour le calmer».

«Il pensait que les musulmans n'ont pas à prendre part aux choix de non-musulmans, ce qui pour nous est totalement faux», résume Abdelbaki Attaf, administrateur de l'association.

Dans le hall de son immeuble, un vieil homme, Bernard, secoue la tête: «C'est terrible, on n'imaginait pas qu'on vivait au milieu de personnes comme ça». Derrière sa porte à peine entrouverte, fatigué par le ballet des médias, le proche voisin de Chérif Kouachi, lui, lâche un soupir: «J'ai de la peine aussi bien pour les gens qui sont morts que pour lui qui a massacré sa vie. La France lui a tout donné.»