VIDEO. Prises d’otages à Vincennes et Dammartin-en-Goële: «C’est une situation parfaitement inédite»

INTERVIEW Le fondateur et ex-patron du GIGN Christian Prouteau apporte son éclairage sur la double prise d’otages de ce vendredi à Paris et en Seine-et-Marne…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse
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Prises d'otages vendredi 9 janvier à Paris et Dammartin-en-Goële.
Prises d'otages vendredi 9 janvier à Paris et Dammartin-en-Goële. — MARS JEROME / Michel Spingler/AP/SIPA

Deux prises d’otages, au même moment, à quelques kilomètres de distance, par des personnes se connaissant. Une situation jamais vue en France, qui pourrait bien modifier les conditions de travail des forces d’intervention. Christian Prouteau, fondateur du GIGN, apporte son éclairage à 20 Minutes.

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Deux prises d'otages, au même moment, par des personnes se connaissant: a-t-on déjà vu ça?

C’est une situation parfaitement inédite. Les revendications semblent vouloir lier les deux affaires, avec le deuxième preneur d’otages qui a l’air de vouloir se présenter comme le sauveur des deux premiers. Rien n’est sûr évidemment à ce stade, à part le fait qu’ils se connaissent. Mais il est probable qu’il y ait une relation de cause à effet entre les deux prises d’otages.

Le fait qu'ils puissent être en contact change-t-il la donne pour les négociateurs?

S’ils sont en contact, on peut le savoir. Les forces d'intervention disposent de ce qu’on appelle des «catchers», un système permettant de capter toute communication dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres –et qui n’est bien sûr utilisé que dans ce type d’intervention. En plus de les capter, on peut brouiller ces communications, on a les outils qu’il faut pour ça. Le téléphone portable est très pratique pour qu’on fasse notre métier. Par ailleurs, si les auteurs des deux prises d’otages avaient été en contact avant, à mon avis, ça se saurait.

Est-ce plus compliqué de négocier avec des djihadistes?

Quand les gens sont retranchés comme ça, ils ont tous le même tempérament suicidaire. Ils ont le même mépris de leur propre vie et de celle des autres – on l’a encore vu pour la prise d’otages de la Porte de Vincennes [deux personnes ont été tuées dans la fusillade l'ayant précédée]. Soit ils sont dans un état d’excitation et ils iront jusqu’au bout, soit ils sont plutôt dans l’abattement et ils peuvent se rendre. Dans le cas des deux frères [Kouachi, à Dammartin-en-Goële], c’est plus compliqué, car ils peuvent se remonter les pendules mutuellement.



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L'autre preneur d'otages est seul, mais il agit dans une zone très peuplée...

Le fait que ce soit dans une zone urbaine n’est pas gênant, le périmètre a bien été bouclé. Le vrai problème ici c’est le nombre d’otages.

Combien de temps ces prises d'otages peuvent-elles durer?

Il n’y a pas une opération qui se ressemble. Ce qu’il faut, c’est réunir les conditions optimales, attendre la bonne fenêtre de tir -et je ne parle pas que des armes- pour garantir la survie de tout le monde, y compris des preneurs d’otages. Car il est important de les déférer devant la justice, et qu’ils répondent aux questions des enquêteurs.