Tireur présumé de Montrouge: «Il n'était pas du tout effrayant, il était très calme», témoigne l'un de ses avocats

INTERVIEW «20 Minutes» a rencontré l'un des avocats qui a défendu Amedy Coulibaly dans une précédente affaire...

Propos recueillis par Céline Boff

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Un blessé évacué après la fusillade à Montrouge, le 8 janvier 2015. Lancer le diaporama
Un blessé évacué après la fusillade à Montrouge, le 8 janvier 2015. — THOMAS SAMSON / AFP

Il est sorti il y a à peine quelques mois de prison. Amedy Coulibaly était incarcéré depuis 2010 dans le cadre de la tentative d’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, ancien du Groupe islamique armé algérien (GIA), condamné en 2002 à perpétuité pour l'attentat à la station RER Musée d'Orsay en octobre 1995 à Paris (30 blessés). Alors qu'Amedy Coulibaly , objet d'un appel à témoins pour la fusillade de Montrouge jeudi, pourrait aussi être le preneur d'otages du cours de Vincennes, 20 Minutes a rencontré l’un de ses avocats, qui tient à garder l’anonymat.

 

Portrait d'Amedy Coulibaly fournie le 9 janvier 2015 par la police - - Police française

 

>> Suivez la prise d'otages à la porte de Vincennes en direct

Quand avez-vous appris qu’Amedy Coulibaly est, probablement, le «tireur de Montrouge»?

Ce vendredi, par les médias. Tant que je ne verrai pas son visage, je n’y croirai pas. Je ne dis pas ça parce que je pense qu’il est un ange… Je sais qu’il a fait des choses, il a fait des braquages. Mais ce n’est pas un excité. Alors, je me dis qu’il y a deux possibilités: soit il a très bien caché son jeu quand je l’ai rencontré –ce qui est possible-, soit il a été «enragé» depuis cette époque.

Quand l’avez-vous rencontré?

Fin 2011. Je l’ai défendu dans le dossier de la tentative d’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem. L’instruction était en cours depuis un an quand je l’ai rencontré. Il a finalement été condamné à cinq ans de prison. Comme il était en préventive depuis 2010, avec les remises de peine, il est sorti il y a quelques mois. Avant cette affaire, Coulibaly était connu comme étant un braqueur. Il avait été condamné six fois pour des braquages.

Quel est son profil?

Il n’a pas du tout le profil «racaille de cité». Il s’exprime correctement, il est très calme, il vous regarde dans les yeux. Pendant le procès, chaque matin, à l’audience, il me serrait la main et me souriait. Il n’était pas du tout effrayant, même si ça se voyait qu’il avait fait des «choses»… Mais il n’a jamais été dans la confidence. Dès notre première rencontre, j’ai senti qu’il ne me ferait jamais confiance. Pas parce que je suis moi ou parce que je suis avocat, mais parce que ce genre de personnes maintient une distance permanente avec les autres. Il est là, mais en même temps, il n’est pas là.

Que savez-vous de sa famille?

Il a grandi en région parisienne mais il ne vient pas du tout d’une famille de délinquants ou d’un milieu islamiste. Il était d’ailleurs en conflit avec sa famille, qui est d’origine malienne, je crois. Il reprochait à ses sœurs de ne pas élever leurs enfants dans le respect strict de la religion musulmane.

Avait-il proféré des menaces lors de vos rencontres?

Non, jamais. Il avait reconnu avoir fourni des cartouches de kalachnikov dans le cadre de l’affaire Belkacem, parce qu’il arrivait à «avoir un bon prix sur ces produits», mais il avait nié être informé de cette tentative d’évasion. Je pense qu’il est sous la domination de Djamel Beghal, qu’il a rencontré en prison entre 2005 et 2007 à la maison d’arrêt de Fleury-Merogis, qui est bien connue pour être une plaque tournante de la formation des djihadistes.

Comment vous sentez-vous?

Si c’est vraiment lui, j’ai presque envie d’aller le voir pour lui dire: «Mais enfin, tu as craqué!»… Je ne sais pas. Ça fait des années que nous, avocats, disons aux juges qu’ils ne peuvent pas mettre en prison des mômes comme Coulibaly avec des personnes telles que Djamel Beghal. Coulibaly, c’était un gamin de banlieue qui faisait «juste» des braquages, il n’était pas un idéologue.

Avez-vous eu des contacts récents avec lui?

Non, aucun.

Pensez-vous le défendre?

Je n’irai pas le chercher, mais s’il me le demande, je ne pourrai pas le refuser.