Attaque à «Charlie Hebdo»: Dans la campagne picarde, la traque des fugitifs se poursuit avec un dispositif allégé

FAITS DIVERS Les forces de police quadrillent une zone entre l'Oise et l'Aisne...

Romain Baheux

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Un membre du GIPN dans le village de Corcy le 8 janvier 2015.
Un membre du GIPN dans le village de Corcy le 8 janvier 2015. — R.BAHEUX/20 Minutes

De notre envoyé spécial à Longpont (Aisne),

C’est un petit village tranquille, niché dans la campagne picarde, que l’on atteint après un bref passage à travers les bois. «C’est un trou perdu, on peut le dire, glisse Christiane, qui y vit depuis des années. D’ordinaire, il ne se passe pas grand-chose ici.» Ce jeudi, la quiétude de Corcy (Aisne) a été troublée par l’irruption en milieu d’après-midi des forces de l’ordre. Plusieurs dizaines d’hommes du Groupe d’intervention de la police nationale (GIPN), cagoulés et armés de fusils-mitrailleurs, ont inspecté chaque maison, grange et garage. L’une des étapes de la traque de Chérif et Saïd Kouachi, les frères suspectés d’être les auteurs de l'attentat contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo mercredi.

Lancée après le signalement des deux hommes à une station-essence à Villers-Cotterêt dans la matinée, l’opération cible une zone de plusieurs dizaines de kilomètres carrés, à cheval sur l’Aisne et l’Oise. Problème, elle regorge de corps de fermes et est parsemée de forêts. «Il y en a des endroits où se cacher par ici, explique un habitant. D’un côté, ça me rassure de voir tous ces policiers présents mais d’un autre côté, je me dis que les deux sont encore dehors avec leurs kalachnikovs…»

Un secteur en état de siège

Dans les villages, on scrute l’orée des bois «en se demandant ce qu’il peut bien s’y cacher». A Corcy, le GIPN intervient, sous les yeux des curieux, dans un jardin où la propriétaire a «vu la porte de la cabane s’ouvrir et se fermer à plusieurs reprises». «Reculez, vos caméras ne sont pas pare-balles», lance l’un d’eux aux journalistes postés à quelques mètres, avant de franchir le portail.

Fausse alerte, le responsable est le vent qui agite le cabanon. «On aimerait bien que tout ça se règle rapidement car c’est forcément inquiétant de les imaginer dans la nature, confie Jacques, habitant du village voisin de Longpont. Je n’ai pas pu aller chercher mon petit-fils à l’école et ma voisine ignore encore si elle va pouvoir rentrer chez elle.»

Quelques kilomètres plus loin, la police a investi un corps de ferme au croisement entre la N2 et la D17, bloquant l’accès s’enfonçant vers les villages. En état de siège toute la journée, le secteur est sillonné par les forces de l’ordre, accompagnées dans les airs par des hélicoptères.

Pour l’instant en vain, même si les recherches, perturbées par la tombée de la nuit, se poursuivaient avec un dispositif allégé comprenant une brigade cynophile. «Je ne vais pas spécialement me barricader chez moi, annonce André. De toute façon, s’ils veulent vraiment entrer dans ma maison, ça sera compliqué de les en empêcher.»