Attaque à «Charlie Hebdo»: Comment les réseaux sociaux gèrent les messages haineux

WEB A côté du hashtag star #JeSuisCharlie, d'autres, comme #Bienfait ou #JenesuispasCharlie, sont apparus après l'attentat meurtrier de mercredi...

Nicolas Bégasse

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Illustration Facebook
Illustration Facebook — Karen Bleier AFP

S’il est un événement d’une rare violence, l’attentat au siège de Charlie Hebdo est aussi exceptionnel en termes de volume de réactions sur les réseaux sociaux. Quelques heures après la fusillade, des millions de tweets avaient été envoyés, et à minuit, le seul hashtag #JesuisCharlie avait été mentionné plus de 2 millions de fois. Mais, au milieu des messages de solidarité, d’autres hashtags comme #bienfait apparaissaient, ainsi que des pages Facebook approuvant l’attentat. Choquants, ces messages font réagir internautes, autorités et les réseaux sociaux eux-mêmes.

La réaction des internautes

La réaction viscérale face à un message se satisfaisant de la tuerie, c’est de la dénoncer en envoyant soi-même un message. Concernant le hashtag #bienfait, ou encore #cheh et #JenesuispasCharlie, pour chaque message de haine on trouve une foule de messages dénonçant le hashtag... en le mentionnant. «Aujourd'hui en recherchant l'expression "bien fait", 99% des tweets que l'on va trouver» émanent «de gens qui condamnent les gens qui disent "bien fait"», note auprès de l’AFP Guilhem Fouetillou, cofondateur de Linkfluence, entreprise spécialisée dans l'analyse du web social.

Pour éviter de donner de l’importance à ces hashtags, le bon réflexe est de se rendre sur le site internet-signalement.gouv.fr. Géré par un organe baptisé Pharos, il héberge un formulaire de signalement de tout comportement en ligne manifestement illicite.

La réaction des autorités

Un signalement sur le site de Pharos (Plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements) est traité par des policiers et gendarmes qui vérifient s’il y a bien infraction. Mais les enquêtes ouvertes à la suite d’un signalement sont rares: en 2013, sur un peu moins de 124.000 demandes, 500 ont fait l’objet d’une enquête.

Les réseaux sociaux sont par ailleurs en contact très régulier avec les autorités françaises, qui leur adressent des demandes d’information et de suppression de contenus. Twitter et Facebook n’y répondent pas forcément: grâce à leurs transparency reports, on sait par exemple qu’au premier semestre 2014, 8% des demandes adressées par les autorités à Twitter ont été au moins en partie satisfaites, contre 30% pour Facebook.

Par ailleurs, consciente de l'effet pervers du fait de dénoncer un message en le mentionnant ou en le partageant, la police appelle ce jeudi à la modération:

La réaction des réseaux sociaux

Facebook comme Twitter ont un système bien rodé de signalement des messages indésirables. A la demande des autorités ou simplement à la suite d’un signalement, ils peuvent suspendre un compte, voire supprimer des contenus. Cela reste exceptionnel, les deux réseaux sociaux étant attachés au droit d’exprimer son opinion –aussi nauséabonde soit-elle.

Pour autant, Twitter et Facebook n’ont pas été le théâtre d’un déferlement de haine impuni. Si l’équipe de modération de Facebook a été particulièrement mobilisée mercredi, c’est surtout la «démarche de solidarité» de ses utilisateurs, et son ampleur, que retient le réseau social. Les messages haineux dénoncés sont souvent les mêmes, diffusés et rediffusés via des captures d’écran, et proviennent dans leur immense majorité de comptes tenus par des adolescents. «Ceux qui écrivent "bien fait" ne sont souvent que des gamins qui veulent choquer ou être importants», note le cofondateur de Linkfluence. Ces messages ont d’ailleurs surtout été visibles juste après l’annonce dans les médias de l’attentat au siège de Charlie Hebdo, de 13h à 13h45. Pour ensuite être supprimés par leurs auteurs, quand ceux-ci ne passaient pas leur journée à se justifier face aux réactions outrées.