Affaire Vincent Lambert: Les quatre révélations du médecin de Vincent Lambert

FIN DE VIE Ex-médecin traitant de Vincent Lambert, le Dr. Eric Kariger témoigne de son expérience dans un livre qui sort ce mercredi en librairie...

Delphine Bancaud

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Le chef de médecine palliative du CHU de Reims Eric Kariger le 16 janvier 2014
Le chef de médecine palliative du CHU de Reims Eric Kariger le 16 janvier 2014 — François Nascimbeni AFP

Pour lui, il y a un avant et un après affaire Lambert. Dans Ma vérité sur l’affaire Vincent Lambert qui sort ce mercredi en librairie*, son médecin le docteur Eric Kariger s’explique. Celui qui s’est prononcé pour l’arrêt des traitements de son patient a été au cœur de la bataille judiciaire autour de la fin de vie de Vincent Lambert. 20 minutes revient sur cinq révélations de son ouvrage.

Les soignants étaient persuadés que Vincent refusaient les soins

Vincent Lambert est dans un état végétatif chronique. En 2012, l’équipe médicale perçoit chez Vincent Lambert des «signes de souffrance comme des grimaces, des contractions, des mouvements spontanés». Elle y voit une opposition aux soins. «Son corps souffre mais il n’en a pas conscience», explique le docteur. Quand on le rase, il tourne la tête. Il semble s’opposer aussi aux soins intimes. Si le Dr Kariger reste prudent face à ces interprétations, il explique que sa décision d’arrêter les traitements repose avant tout sur «la certitude que Vincent Lambert n'aurait pas voulu vivre dans cet état».

La famille n’a pas suffisamment été informée sur le premier protocole de fin de vie

L'équipe médicale n’a pas prévenu les parents de tenue des réunions collégiales envisageant le processus de fin de vie de Vincent Lambert. Alors qu'il dit à son équipe qu'il débranchera lui-même la dernière poche de nutrition et d'hydratation de Vincent, un soignant lui répond «Monsieur, c'est fait». «De leur propre initiative, le 10 avril 2013, mes consoeurs ont décidé d'arrêter la nutrition artificielle». Les parents de Vincent se sentent alors trahis. «La confiance était rompue», avoue le docteur lui-même. Cet épisode signe le début de la croisade judiciaire des parents de Vincent. Et les excuses du médecin n’y feront rien, ni les conseils de famille qu’il organise ensuite.

Une affaire qui s’explique aussi par le passif familial

La famille Lambert a une histoire compliquée. Le couple Lambert a eu  9 enfants nés de trois lits différents.Vincent a été élevé par un père qui n’était pas le sien, avant que la liaison entre sa mère Viviane et le docteur Pierre Lambert soit officialisée. Le docteur Eric Kariger révèle aussi que Vincent Lambert avait subi une agression pédophile dans son enfance. Or, son frère juste avant lui dans la fratrie et sa sœur, juste après s’oppose à l’arrêt des traitements le concernant. «Peut-être sont-ils dans un processus de réparation qui les amène aujourd’hui à protéger sa vie à tout prix», s’interroge le médecin. Pour lui, l’obstination d’une partie de la famille de Vincent à ne pas le «laisser partir», s’explique beaucoup par ce lourd passif familial. «Il était manipulé comme un objet au service de règlements de comptes, de réparations aussi».

Le médecin a été marqué au fer rouge

Il est décrit comme un homme «bravache», qui aime les défis. Mais le docteur Eric Kariger a payé un lourd tribut pour s’être prononcé pour l’arrêt des traitements de son patient. Comparé à Hitler par les officines intégristes, il a été aussi menacé de mort. Deux fois contredit par les juges, il a été obligé de rebrancher Vincent Lambert en 2013. Après une longue bataille judiciaire, le médecin a demandé sa mise en disponibilité et a quitté son poste de chef de service au CHU de Reims. Il travaille désormais dans une maison de retraite. Marqué à jamais, il n’a qu’une certitude: quelle que soit la décision finale de la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) «dans cette affaire, il n’y aura ni gagnant, ni perdant».

 

* Editions Bayard, 17 euros.