Démission de Thierry Lepaon à la CGT: Un départ qui pose d'autres questions

SYNDICAT Le leader de la centrale a finalement annoncé sa démission mercredi, après avoir temporisé dans un premier temps...

Nicolas Beunaiche
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Thierry Lepaon, le secrétaire général de la CGT, le 3 octobre 2013.
Thierry Lepaon, le secrétaire général de la CGT, le 3 octobre 2013. — BERTRAND GUAY / AFP

Mardi, Thierry Lepaon s’était contenté du minimum syndical. Acculé après plusieurs appels à la démission, le numéro un de la CGT n’avait pas annoncé son départ, mais précisé «remettre son mandat à disposition du comité confédéral national» (CCN). Mercredi, le ton a changé: le secrétaire général a finalement indiqué qu’«il y aura(it) un nouveau secrétaire général de la CGT la semaine prochaine». Un départ qui ne répond toutefois pas à toutes les interrogations.

Pourquoi Lepaon a-t-il fini par démissionner?

Avant même la première journée de la commission exécutive (CE) chargée de faire des propositions de sortie de crise, mardi, les conditions d’un départ du leader de la CGT étaient déjà réunies. Lâché par plusieurs fédérations, appelé à la démission par l’ancien secrétaire général Louis Viannet, Lepaon avait pourtant tenté une dernière manœuvre, vraisemblablement «pour emmener avec lui un certain nombre de membres du bureau confédéral» et «apparaître moins» exposé, selon Louis Viannet. «C’était toutefois déjà une démission qui ne disait pas son nom», ajoute Stéphane Sirot, spécialiste des mouvements sociaux. Selon ce dernier, le revirement de mercredi montre qu’«il y a eu des débats au sein de la CE et des pressions exercées contre Lepaon». «Ses derniers soutiens, si l’on peut parler de soutiens, ont fini par le lâcher également», en conclut-il.

Lepaon va-t-il entraîner toute la direction dans sa chute?

La question soulevée par l’annonce de mardi est encore en suspens: Thierry Lepaon va-t-il démissionner seul ou pousser tous les membres du bureau fédéral à laisser leur place également? Mercredi, une source interne à la CGT citée par l’AFP a indiqué que la commission exécutive allait «se réunir une nouvelle fois lundi prochain pour statuer sur des propositions d'un nouveau secrétaire général et d'un nouveau bureau confédéral». De son côté, la centrale a précisé à l’AFP que les délibérations de la commission exécutive se poursuivaient sur ces sujets et qu'«aucun vote» n'était encore intervenu. «Si tout le bureau politique démissionne, cela complique les choses», estime Stéphane Sirot. D’autant que «beaucoup en interne veulent éviter un congrès extraordinaire», selon lui. «L’option la plus rationnelle, ce serait qu’une direction intérimaire soit désignée par le CCN du 13 janvier», avance le chercheur.

Qui peut succéder à Lepaon?

Le choix de Thierry Lepaon, en 2012, s’était déjà fait dans la douleur. Son nom avait surgi malgré les efforts de Bernard Thibault d’imposer une femme à la tête de la CGT. Un peu de deux ans plus tard, la succession de Lepaon s’annonce comme un casse-tête. Des noms circulent déjà, notamment Philippe Martinez (numéro un de la métallurgie) ou Gilbert Garrel (cheminots). Mais ce dernier a le désavantage de ne pas être pas membre de la Commission exécutive, comme le requièrent les statuts pour un numéro un. La CGT se retrouve en tout cas dans une situation inédite depuis 1909 et la démission de Victor Griffuelhes. A l’époque, ce dernier avait été contraint au départ en raison de polémiques sur les comptes opaques de la confédération.