Affaire Vincent Lambert: L'ultime recours devant la Cour européenne des droits de l'homme

JUSTICE Après deux ans de procédure judiciaire en France, il revient à l’instance suprême européenne de trancher…

Vincent Vantighem

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Le CHU de Reims, où se trouve Vincent Lambert, le 16 janvier 2014
Le CHU de Reims, où se trouve Vincent Lambert, le 16 janvier 2014 — François Nascimbeni AFP

«Vincent Lambert souffre d’être trop aimé… C’est là tout le problème.» En une phrase confiée à 20 Minutes, Jean Paillot, l’avocat des parents jeune homme dans un coma «pauci-relationnel» depuis 2008, a résumé l’épineux dilemme sur lequel les dix-sept juges de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) vont se pencher ce mercredi.

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Après deux ans de procédure judiciaire en France, il revient désormais à l’instance suprême européenne de trancher entre les parents du jeune homme qui souhaitent le maintenir artificiellement en vie et son épouse qui, à son chevet depuis son accident de la route en 2008, est prête, elle, à le «laisser partir».

L’alimentation, seul lien qui le relie à la vie

En état végétatif chronique depuis 2008, le jeune homme de 38 ans est, aujourd’hui, hospitalisé dans une unité de soins palliatifs de l’hôpital Sébastopol de Reims (Marne). A l’origine de toute cette affaire, l’équipe médicale rémoise avait décidé en 2013 d’arrêter, en accord avec son épouse, l’alimentation de leur patient, seul élément qui le reliait alors encore avec la vie.

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Avertis de cette situation, les parents du jeune homme, catholiques pratiquants, avaient alors saisi le tribunal administratif de Reims pour permettre à leur fils d’être réalimenté et de pouvoir continuer à vivre. Le tribunal administratif de Reims leur a donné raison. Mais pas le Conseil d’Etat qui a estimé, lui, que l’équipe médicale avait fait le bon choix, face à un patient aux lésions irréversibles et «pour lequel il n’existe plus aucun espoir», selon le docteur Eric Kariger qui l’a soigné pendant des mois.

Ses parents veulent partir en vacances avec lui

Il revient donc à la Cour européenne de trancher. En l’espèce, les dix-sept juges européens doivent dire si la décision du Conseil d’Etat était juste ou non. Se faisant, ils décideront du sort de Vincent Lambert qui cristallise aujourd’hui le débat entre pro et anti euthanasie. Vincent Lambert n'étant pas médicalement en fin de vie, c'est bien à une question de vie ou de mort qu'ils vont devoir répondre.

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Les parents, eux, estiment que leur fils est mal soigné et ont déposé sur le bureau des juges un épais dossier dans lequel ils présentent leur projet de vie pour lui. Un déménagement en Alsace dans un centre spécialisé. Et même pourquoi pas, un dispositif lui permettant de partir en vacances avec ses parents dans le sud de la France.

Rachel, son épouse, elle, continue de s’appuyer sur des propos que Vincent lui aurait tenus peu après leur mariage et bien avant son accident de la route. «Il m’avait laissé entendre que dans un tel cas, il faudrait tout faire pour le laisser partir», témoigne-t-elle. Après l’examen du dossier, les juges européens devraient rendre leur décision dans un délai d’un à deux mois.