Crimes de guerre: Radomir Susnjar, victime d’homonymie ou bourreau d’ex-Yougoslavie?

INFO «20 MINUTES» La cour d’appel de Paris doit se prononcer sur l'extradition de ce quinquagénaire réclamée par les autorités bosniennes pour le massacre de 59 civils musulmans en 1992…

William Molinié

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Des édifices endommagés, après la guerre de 1992-1995, dans le centre-ville de Gorazde, en Bosnie orientale, le 25 février 2007
Des édifices endommagés, après la guerre de 1992-1995, dans le centre-ville de Gorazde, en Bosnie orientale, le 25 février 2007 — Elvis Barukcic AFP

Qui est Radomir Susnjar? Un criminel de guerre qui a participé au massacre de Visegrad en juin 1992 ou un simple livreur de pain victime d’une erreur de nom? La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris doit se prononcer ce mercredi après-midi sur la demande d’extradition réclamée par la Bosnie-Herzégovine de cet ancien soldat des forces serbes de Bosnie pendant le conflit. Les autorités bosniennes veulent juger dans leur pays cet homme de 59 ans pour des crimes de guerre.

Ce Serbe de Bosnie a été arrêté par la police française le 4 avril 2014 à Lieusaint (Seine-et-Marne) et écroué. Les autorités bosniennes avaient transmis des documents l’impliquant dans un massacre de civils musulmans commis à Visegrad, dans l’Est du pays, le 14 juin 1992 au début de la guerre de Bosnie. Selon le parquet, il lui est reproché d’avoir directement participé à l’extermination de 59 personnes brûlées vives dans une maison.

Livreur de pain?

Libéré sous contrôle judiciaire, Radomir Susnjar, aujourd’hui domicilié à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), dément être ce bourreau. Installé en France depuis mai 1980 avec son épouse et ses deux enfants, il travaillait à Paris avant la guerre comme couturier mécanicien au sein de sociétés spécialisées dans la confection. C’est en 1986 qu’il a rejoint la Yougoslavie où il occupait un emploi de livreur de pain au sein de la plus grande boulangerie de Visegrad.

Son rôle pendant la guerre est au cœur des interrogations. Entre avril et juin 1992, les forces serbes de Bosnie ont tué à Visegrad et dans ses alentours plus de 1.500 civils, selon l'Institut bosnien pour les personnes disparues. Que faisait Radomir Susnjar? Où se trouvait-il? Son avocat français, Me Olivier Morice, assure qu’il a poursuivi son travail de livreur de pain, sa mobilisation au sein de l’armée de la République serbe de Bosnie, le 20 juillet 1992, étant postérieure aux faits reprochés.

Confusion sur le prénom

Mais pour plusieurs témoins bosniens et serbes, Susnjar faisait partie du même groupe paramilitaire que Milan Lukic, un Serbe de Bosnie condamné à la prison à vie pour ce même crime en décembre 2012 par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). A la tête des «Aigles Blancs», ce groupuscule paramilitaire de nationalistes serbes, Milan Lukic a procédé après le départ officiel en mai 1992 de l’Armée populaire yougoslave à un nettoyage ethnique. Au cours de son procès, Milan Lukic lui-même a désigné Susnjar comme complice du massacre de Visegrad.

«Il est victime d’une erreur d’homonymie», conteste Me Olivier Morice, auprès de 20 Minutes. Pour l'avocat, «Radomir Susnjar ne peut être la personne ayant pris part aux faits». Selon lui, les autorités bosniennes font erreur. Ainsi, au tribunal de La Haye, le nom qui apparaît sur les retranscriptions des audiences est celui d’un certain «Milan Susnjar» et non «Radomir Susnjar». «Mon client ne peut donc en aucune façon avoir été membre de la milice paramilitaire commandée par Milan Lukic.»

100.000 morts

Selon l’avocat, cette «confusion grossière» sur le prénom est délibérée. Dans un contexte de regain des nationalismes en Bosnie-Herzégovine, les autorités souhaiteraient pouvoir «donner un signal politique à la communauté musulmane du pays, en arrêtant un criminel de guerre important», soutient-il.

Cette décision d’extradition, que la cour d’appel va trancher ce mercredi, est largement attendue par les familles des victimes. Ces dernières se sont déplacées jusqu’à Paris pour suivre cette procédure. Elles ont d’ailleurs assisté à l’audience publique d’extradition devant la cour d’appel de Paris en novembre dernier. Selon une proche des familles contactée par 20 Minutes, une ancienne voisine et une femme qui a perdu neuf membres de sa famille dans ce massacre ont dit avoir «reconnu» Radomir Susnjar comme étant celui qui avait «mis le feu» à la maison.

De son côté, l'avocat général a requis un supplément d'information afin d'obtenir auprès des autorités bosniennes l'assurance que l'accusé n'était pas victime d'homonymie.

Une guerre meurtière

La guerre de Bosnie a fait environ 100.000 morts et deux millions de réfugiés et de déplacés. Le pays compte aujourd'hui quelque 3,8 millions d'habitants.