Détenus qui s'affichent en photo: «Il faudrait autoriser les téléphones portables au sein des prisons»

INTERVIEW Marie Crétenot, juriste à l'Observatoire international des prisons, évoque les polémiques sur les photos prises par des détenus à Marseille et Nice...

Propos recueillis par Jean-luc Mounier

— 

Le compte Facebook "MDR o Baumettes" est un "phénomène de posture" qui cache derrière "une insalubrité de cette prison qui n'a pas évolué depuis 2012".
Le compte Facebook "MDR o Baumettes" est un "phénomène de posture" qui cache derrière "une insalubrité de cette prison qui n'a pas évolué depuis 2012". — DR

Des détenus qui s'affichent face caméra à la prison des Baumettes (Marseille), d'autres qui en font de même à la maison d'arrêt de Nice... Les exemples de détenus qui se mettent en scène avec l'aide de téléphones portables ne manquent pas ces derniers jours. Ces mises en scène sont-elles pour autant révélatrices d'autres vérités au-delà de l'image renvoyée? Marie Crétenot, juriste à l'Observatoire international des prisons, répond aux questions de 20 Minutes.

Comment est-il possible de prendre des photos en prison alors que les téléphones portables y sont interdits ?

C'est un secret de polichinelle: même si les téléphones portables sont interdits en prison, il y a toujours eu des introductions d'objets interdits dans les établissements pénitentiaires. Avec les photos de détenus de Marseille et de Nice, on n'est pas devant une recrudescence de téléphones portables en prison. La nouveauté, c'est que les téléphones d'aujourd'hui sont équipés d'un appareil photo et d'une connexion Internet, ce qui permet ce type de partages sur les réseaux sociaux.

Cette pratique de la photo en détention est-elle vouée à se répéter?

On est là sur des épiphénomènes. L'introduction de téléphones portables en prison est récurrente mais, pour l'essentiel des détenus, leur utilisation sert à maintenir des liens familiaux, une intimité et une confidentialité que ne garantissent pas les cabines téléphoniques en prison. La possession d'un téléphone portable peut aussi permettre aux détenus de préparer leur sortie de prison en effectuant des démarches avec l'extérieur. Les horaires limités et le coût des cabines téléphoniques (1 euro pour 5 minutes d'appel) peuvent être un frein pour communiquer avec l'extérieur.

Comment éviter ces situations où des détenus se mettent en infraction avec la loi?

Il faudrait autoriser les téléphones portables au sein des établissements pénitentiaires, ce que préconise la contrôleure générale des lieux de privations de liberté... tout comme son prédécesseur. Cela permettrait aux détenus de maintenir légalement un lien familial, de préparer leur sortie, mais aussi de contrôler l'usage des téléphones portables. Cette autorisation serait un progrès même s'il s’agirait en même temps de contrôler les nouveaux moyens technologiques (appareil photo, accès à Internet). Les téléphones pourraient par exemple être fournis par l'administration pénitentiaire.

Ces photos mettent-elles aussi en lumière le manque de moyens des surveillants en prison ?

Tout dépend du rôle qu'on confère au personnel des établissements pénitentiaires: est-ce seulement de la garde et de la surveillance? Leur rôle est aussi d'accompagner les détenus et de les aider à se réinsérer. Ces photos de détenus sont avant tout un signe de résistance, dans une logique du genre «même pas mal», mais c'est un phénomène de posture. Derrière cela on oublie que l'insalubrité à la prison des Baumettes n'a pas évolué depuis 2012. Comme j'ai pu le lire dans la presse, cette prison ce n'est pas le Club Med.