La séquestration, un mode opératoire en vogue chez les délinquants

FAITS DIVERS Il y aurait huit faits de ce type chaque jour en France…

William Molinié

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Illustration. Policier devant un immeuble la nuit.Le 03 11 2009.
Illustration. Policier devant un immeuble la nuit.Le 03 11 2009. — G. VARELA / 20 MINUTES

Il est passé le temps des enlèvements médiatiques. Désormais, kidnappings et séquestrations* s’accumulent dans le secret d’une cave, sur la voie publique entre malfaiteurs ou alors au cours d’un cambriolage pour quelques centaines d’euros. Comme ces quatre jeunes filles séquestrées à leur domicile par des cambrioleurs le soir du Nouvel An à Bondues (Nord).

Ce type d’activité criminelle est en hausse dans l’Hexagone, surtout en zone police mais aussi en zones rurales, placées sous la responsabilité des gendarmes. Selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), (document PDF), 1.764 séquestrations ont été constatées par la police de mars à novembre 2014, soit 593 faits de plus qu’à la même période, entre mars et novembre 2013. En tout, le nombre de séquestrations se porterait à 2.800 en 2014, avance Le Figaro. Soit presque huit par jour. C’est 25% de plus que l’année dernière.

«Victimes très choquées»

Parmi les victimes principales, figurent les commerçants, employés de sociétés de transports de fonds, bijoutiers, postiers… Ou même agents de bureau de change comme l’employé séquestré depuis la Normandie, dimanche, pour le vol des clés de son commerce, situé rue de Chabrol dans le 10e arrondissement de… Paris! Les malfaiteurs qui l’avaient suivi jusque chez lui à 200km de l’officine, l’ont kidnappé et relâché à Lognes en Seine-et-Marne avant de dévaliser sa caisse.

«Les victimes sont souvent très choquées et ont parfois beaucoup de mal à s’en remettre», témoigne un policier. Ce mode opératoire est régulièrement et de plus en plus utilisé par des malfaiteurs connus pour des faits de «petite et moyenne délinquance». «Dans l’imaginaire collectif, on pense à l’enlèvement du Baron Empain. Mais ce n’est malheureusement plus une criminalité exceptionnelle», réagit Christophe Crépin, du syndicat Unsa-Police.

Un couple de commissaires saucissonnés

Les séquestrations ont augmenté avec l’émergence du phénomène du home-jacking. Des équipes de cambrioleurs se sont spécialisées dans ce mode opératoire qui consiste à s’introduire chez des particuliers, de les menacer et de les dévaliser sous leurs yeux, en tentant de récupérer leurs codes de cartes bleues.

«Parfois, quand les victimes sont mal ciblées et qu’elles n’ont pas ce que demandent les malfaiteurs, ça dégénère», raconte un officier de région parisienne. Comme ce couple de commissaire de police – madame, chef de district en Seine-et-Marne et monsieur, divisionnaire à la direction de l’administration de la police nationale – cambriolés et séquestrés en mai 2014 à leur domicile de Lésigny (Seine-et-Marne). Les malfrats, découvrant que leurs victimes étaient des policiers, ont préféré les saucissonner avant de prendre la fuite. Par précaution…

«néobanditisme» des cités

Le recours aux séquestrations visant les particuliers va de pair avec la quasi-disparition des hold-up des guichets de banques et l’augmentation des moyens de défense et de protection des commerces. «Les délinquants vont là où il est facile de se faire de l’argent. Avec le développement de la dématérialisation de l’argent, finalement, c’est quasiment chez soi que la banque se déplace. Et les malfaiteurs aussi», analyse-t-on au sein d’un service de police judiciaire.

Au sein du grand banditisme, la séquestration et l’enlèvement peuvent aussi être des instruments du règlement de compte, parfois beaucoup plus lucratifs que le recours à la Kalachnikov. Cette pratique est régulièrement utilisée par le «néobanditisme» issu des cités sensibles, organisé autour du trafic de stupéfiants, comme ce fut le cas en Seine-Saint-Denis entre la famille Houmani et les frères Benfaïza, rivaux historiques de La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Ces derniers ont organisé le kidnapping d’un des fils Houmani, handicapé, et demandé une rançon de plusieurs millions d’euros, jusqu’à ce que les policiers de l'antigang ne retrouvent les ravisseurs, grâce au concours de la famille. Insolite rapprochement de circonstances entre policiers et dealers…

Ce que dit la loi

Les séquestrations sont définies par le code pénal comme des délits jusqu’au 7e jour. Elles sont transformées en crimes au-delà. Ses auteurs risquent alors la cour d’assises et jusqu'à 20 ans de prison.