Dispositifs anti SDF: «Ils parviennent à éloigner les plus précaires des centres-villes»

INTERVIEW Virginie Gautron, spécialiste des politiques publiques de sécurité, explique pourquoi le nombre d'aménagements anti-SDF a augmenté ces dernières années...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Illustration : bancs antiSDF en France.
Illustration : bancs antiSDF en France. — BORDAS/SIPA

Après Angoulême, qui avait fait polémique fin décembre avec son dispositif anti-SDF, c’est au tour de Perpignan de faire parler d’elle. L'association écologiste des Pyrénées-Orientales Frene 66 a fustigé ce lundi la ville pour avoir récemment supprimé de nombreux bancs en centre-ville, accusés de favoriser les réunions de SDF. Virginie Gautron, maître de conférences à l'université de Nantes et spécialiste des politiques publiques de sécurité analyse ce phénomène.

Les dispositifs anti-SDF sont-ils en croissance ces dernières années où sont-ils plutôt davantage médiatisés?

Ils sont apparus en France au milieu des années 1990 et se sont en effet beaucoup développés au cours de la dernière décennie de manière assez discrète. Le mouvement est parti des Etats-Unis dans les années 1970, où l’on pensait qu’il fallait agir sur le bâti pour favoriser la sécurité. Les dispositifs anti-SDF se sont insérés dans ce mouvement, d’où l’apparition des barres métalliques où l’on peut juste poser les fesses dans les gares, de piques devant les banques, de cactus devant les entrées d'immeuble, de bancs incurvés ou de chaises séparées dans les espaces publics…

Pourquoi les municipalités cherchent-elles tant à éloigner les SDF?

Les maires, de droite comme de gauche, se sont engagés dans des politiques publiques de sécurité, notamment pour des raisons électorales. C’est une manière pour eux de satisfaire certains de leurs administrés, qui se plaignent parfois du bruit que font les SDF, de leur consommation d’alcool et de leur mendicité. C’est une réponse immédiate et rapide qui rend visible l’action publique. Ils veulent aussi faire en sorte que les SDF évacuent les zones dans lesquelles sont implantés les commerces, afin que les consommateurs ne soient pas «importunés».

Ces dispositifs atteignent-ils leur but?

Oui, car ils parviennent à éloigner les publics les plus précaires des centres-villes, qui s’installent dans des quartiers plus en difficulté. En rendant invisibles dans les centres-villes les personnes les plus marginalisées, on voit moins la misère. Cela aboutit à une sorte de nettoyage de l’espace public, mais cela ne résout en aucun cas les problèmes de marginalisation sociale. De plus, ces aménagements urbains coûtent très cher aux municipalités, alors que l’on pourrait consacrer ce budget à l’aide sociale aux plus démunis.

L’opinion publique semble pourtant indignée par ce type d’initiatives…

Lorsqu’on interroge les Français sur le principe des dispositifs anti-SDF, ils ont en effet tendance à s’indigner. Mais leur attitude est très ambivalente, car s’il s’agit de protéger leur environnement immédiat des SDF, leur réaction est généralement tout autre.