CGT: Jours décisifs pour Thierry Leapon

SYNDICALISME La direction de la centrale se réunit mardi et mercredi pour évoquer le sort de son leader...

Nicolas Beunaiche

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Le secrétaire général de la CGT Thierry Lepaon le 3 octobre 2013 à Montreuil
Le secrétaire général de la CGT Thierry Lepaon le 3 octobre 2013 à Montreuil — Bertrand Guay AFP

Le chant du cygne pour Lepaon? Mardi et mercredi, le sort du numéro un de la CGT, dans la tourmente depuis des révélations sur son train de vie, sera évoqué par la direction du syndicat, réunie en commission exécutive. Ses 56 membres doivent s’accorder sur des propositions de sortie de crise, qui seront soumises le 13 janvier au Comité confédéral national (CCN), le parlement de la CGT. Parmi ces propositions, le départ pur et simple de Thierry Lepaon semble l’hypothèse la plus plausible.

Il faut dire que les signes négatifs se sont accumulés ces dernières semaines pour le leader de la CGT. Parmi les 33 fédérations qui composent la centrale, plusieurs ont appelé à sa démission, notamment la plus puissante, celle des services publics. Fait inhabituel dans le monde syndical, les prédécesseurs du secrétaire général se sont également désolidarisés de leur camarade.

«L'impression que la messe est dite»

Après Georges Séguy (1967-1982) et Bernard Thibault (1999-2013), qui avaient pris leurs distances à demi-mot avec Thierry Lepaon, Louis Viannet (1992-1999) est allé plus loin encore lundi en l’invitant à se retirer. «Le secrétaire général se grandirait, en cette année de 120e anniversaire de la création de la CGT, en annonçant publiquement, et avant même la réunion du comité confédéral national [CCN], sa décision de remettre son mandat à la disposition du comité», a-t-il déclaré au Monde.

Des termes «très brutaux», selon Dominique Andolfatto, professeur de science politique, qui y voient le coup de grâce. «Au départ, Thierry Lepaon semblait avoir réussi à contenir le scandale et ses opposants. Puis au fil des réunions, la CGT s’est divisée. Désormais, avec la prise de position des prédécesseurs de Lepaon – du jamais vu au sein du syndicat –, on a l’impression que la messe est dite.»

Au sein de la centrale, le sujet est évidemment sensible. Contactée par 20 Minutes, la fédération des services publics indique carrément ne pas souhaiter s’exprimer. Michèle Chay, membre de la direction confédérale, se réfugie quant à elle derrière les règlements du syndicat. «Mardi et mercredi, nous attendons des propositions, avance-t-elle. Il y aura des débats et la CCN tranchera», répète-t-elle, pour chasser l’idée que tout est déjà joué.

Des «gladiateurs dans l'arène»

Ce fonctionnement particulier des instances de la CGT est d’ailleurs l’une des inconnues de l’équation. «Il est difficile de prévoir le rapport de forces au sein de la centrale parce qu’il ne se résume pas à Lepaon contre les militants, explique Joël Sohier, maître de conférences à l’université de Reims. Le pouvoir appartient aux fédérations.»

Dominique Andolfatto introduit cette même nuance dans la réflexion. «Autrefois, la confédération était très hiérarchisée, monolithique, avec une colonne vertébrale très solide qu’était le Parti communiste, recontextualise-t-il. Aujourd’hui, cette colonne vertébrale a disparu et l’organisation est plus difficile à manager de même que ses mouvements plus difficiles à prévoir.» Le chercheur évoque notamment des affrontements internes et des personnalités fortes qui s’expriment et créent des rapports de forces. Ces prochains jours, c’est donc à un combat de «gladiateurs dans l’arène» qu’il faudra s’attendre, selon lui. A moins que Thierry Lepaon décide d’esquiver la bataille, comme il lui est de plus en plus suggéré.