Saccages d’écoles: «On assiste à une montée de la violence anti-scolaire»

INTERVIEW Eric Debarbieux, délégué ministériel chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire explique pourquoi les établissements scolaires sont souvent la cible de violences…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Eric Debarbieux, délégué ministériel chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire le 12/11/2012.
Eric Debarbieux, délégué ministériel chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire le 12/11/2012. — REVELLI-BEAUMONT/SIPA

Deux écoles de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) ont été vandalisées ce week-end. Des faits divers qui viennent s’ajouter à la longue liste des établissements vandalisés ces dernières années. Eric Debarbieux, délégué ministériel chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire, décrypte ce phénomène.

Les saccages des écoles sont-ils en augmentation ces dernières années?

Depuis la fin des années 90, on assiste à une montée de la violence anti-scolaire qui s’exprime aussi bien par les agressions d’enseignants ou de directeurs d’établissements que par des actes de vandalisme envers les bâtiments.

Les auteurs de ces actes sont-ils toujours des élèves ou des anciens élèves?

Pas toujours, car ils sont aussi souvent perpétrés par des groupes de délinquants. Les motivations de ces deux types d’auteurs ne sont pas les mêmes. Lorsque les élèves sont à l’origine de ces saccages, il s’agit généralement d’une vengeance vis-à-vis de l’école. Ce sont souvent des élèves en échec scolaire ou qui ont été exclus de l’établissement et qui ont l’impression de prendre leur revanche en cassant. En revanche, lorsque ce sont des délinquants qui agissent, la symbolique n’est pas la même. C’est l’école en tant que lieu sacré de la République qui est visée. Le monde des inclus est pris pour cible par celui des exclus. On retrouve cette même délinquance de l’exclusion, qui est circonscrite aux quartiers sensibles, lorsque des services publics, comme une caserne de pompiers ou un bus sont attaqués.

Comment réagissent les équipes pédagogiques, les élèves et leurs parents face à ces actes de vandalisme?

Ils éprouvent un sentiment d’injustice, car ils savent que l’école est la meilleure alliée des habitants des quartiers difficiles. Et que les services publics sont le dernier rempart face aux difficultés sociales.

Comment l’Education nationale tente de se prémunir face à ces agressions?

La surveillance des bâtiments publics a ses limites. Mais les liens entre la police et les services publics se sont renforcés cette dernière année. Les chefs d’établissements disposent désormais d’un correspondant à la police nationale. Et ils peuvent faire appel aux équipes mobiles de sécurité lorsqu’ils sentent qu’il y a des risques de violences envers leur établissement. Les chefs d’établissement sont aussi formés à la gestion de crise et au mode de conduite à tenir en cas d’intrusions dans leurs murs. Il ne s’agit pas d’en faire des cow-boys mais de les aider à affronter ces problèmes de sécurité.

Existe-t-il aussi d’autres moyens de prévention?

Oui, car la prévention passe aussi par une meilleure prise en charge des décrocheurs. Il faut aussi réhabiliter l’image de l’école, en arrêtant de colporter le discours que les diplômes ne constituent pas une arme anti-chômage alors que la réalité prouve le contraire. Il faut rappeler que pouvoir aller à l’école est une chance. D’ailleurs dans les pays pauvres où l’école est considérée comme le seul capital social d’un quartier, les établissements sont protégés.