Un agriculteur gay dans L'Amour est dans le pré: Vers la fin d'un tabou?

HOMOSEXUALITE Si, en 2007, l'homosexualité était une pratique jugée «inacceptable» pour 47% des agriculteurs, depuis la société rurale a évolué ...

20 Minutes avec agence

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Si l'agriculture reste un monde conservateur, marqué de l'empreinte catholique, les changements sont en route
Si l'agriculture reste un monde conservateur, marqué de l'empreinte catholique, les changements sont en route — Mychele Daniau AFP

L'émission L'amour est dans le pré, dont la 10e saison démarre, ce lundi soir sur M6, va accueillir pour la première fois un agriculteur gay. Preuve que les temps changent. Preuve qu'aujourd'hui il est possible pour un agriculteur, qui sent le poids de la tradition, de vivre au grand jour son homosexualité.

Car, oui, être agriculteur évoque encore une conception traditionnelle de la masculinité et de la famille, liée notamment à la question cruciale de la transmission du patrimoine. Un contexte qui fait que beaucoup appréhendent de vivre au grand jour leur homosexualité. Et si dans les petites entreprises il est déjà difficile de faire son coming-out, à la campagne, les clichés en matière d'orientation sexuelle ont la vie encore un peu plus dure qu'ailleurs.

Une certaine idée de la masculinité

Selon un baromètre Cevipof-Ifop-ministère de l'Intérieur datant de 2006-2007, l'homosexualité est une pratique jugée «inacceptable» pour 47% des agriculteurs, contre seulement 21% pour les autres catégories socioprofessionnelles.

Pourquoi? « Parce que les métiers de l'agriculture sont liés à une certaine idée de la masculinité et à une certaine conception de la famille, et l'homosexualité vient troubler ces représentations», répond le sociologue François Purseigle, qui enseigne à l'Institut National Polytechnique de Toulouse (Ensat).

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«Un passage de relais est compromis»

Cette question est liée notamment à une pierre angulaire des exploitations agricoles : la transmission patrimoniale. «Le projet des parents est de transmettre à leurs enfants. Et pour des parents, le monde peut s'écrouler si ce passage de relais est compromis», témoigne Olivier Guitel, céréalier de 50 ans à Lommoye, près de Mantes-la-Jolie.

Lui a attendu d'approcher la quarantaine pour assumer son homosexualité. Il était marié, père d'un garçon. Théâtreux, un jour, il se met au clown. «Ce nez rouge, sur le plan personnel, ça demande d'écouter sa propre vérité. C'est là que mon homosexualité m'est apparue.» Il en parle à sa mère, très inquiète du qu’en-dira-t-on. Mais finalement pas un mot de travers, jamais. «Même si par rapport aux autres, j'ai toujours été considéré comme un marginal avec un théâtre dans la ferme et un chapiteau. Mais je n'ai pas subi de moquerie directe, ni de malveillances.»

Guillaume, Ambassadeur Gay France 201, et premier candidat gay de l'émission L'amour est dans le pré. - Gigot Raphaele. La Montagne.

Partis pour la ville

Finalement, la plus grande difficulté reste le chemin précédant l'annonce, confirme François Purseigle. «Beaucoup de situations de souffrance sont vécues avant l'installation. Certains s'interdisaient de vivre leur homosexualité à la ferme et sont partis en ville. Ils ne sont revenus, le cas échéant, qu'une fois en couple ou lorsque la reprise de la ferme était devenue urgente», explique le sociologue, qui a mené une enquête sur le sujet entre 2006 et 2010 et conduit une trentaine d'entretiens.

Et si l'agriculture reste un monde conservateur, marqué de l'empreinte catholique et où le divorce a mis bien longtemps à se faire accepter, les changements sont en route. En tout cas, les discours politiques sont volontaristes à l'image de l'homme fort du monde agricole, Xavier Beulin, qui affiche sans complexe sa totale «ouverture» sur le sujet.

Une «société rurale de plus en plus ouverte et connectée»,

«Il n'est pas inutile qu'on casse quelques clichés» mais «ce que je dis et qu'on a du mal à entendre, c'est que les agricultrices et les agriculteurs sont de plus en plus à l'image de la société française» avec une «société rurale de plus en plus ouverte et connectée», déclare le président de la FNSEA, principal syndicat agricole du pays.

«Avant le milieu agricole était fermé et il fallait s'expatrier. Aujourd'hui, dans les campagnes, le choix sexuel est assumé. Vous avez même des fermes-auberges gay-friendly», témoigne pour sa part Bernard Lannes, président d'un autre syndicat agricole, la Coordination rurale.