Création du premier «syndicat» de gendarmes: «L’armée ne sera plus la grande muette»

INTERVIEW Les képis vont pouvoir rejoindre des associations professionnelles pour défendre leurs intérêts explique à «20 Minutes» le lieutenant-colonel Jean-Hugues Matelly...

William Molinié

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Des grenades lacrymogènes tirées par la gendarmerie.
Des grenades lacrymogènes tirées par la gendarmerie. — C.ENA/SIPA/AP
  • Les statuts de la première association professionnelle de gendarmes ont été déposés.
  • A la différence d'un syndicat, les adhérents ne pourront ni manifester ni faire grève.
  • Cet embryon de «syndicat» pour les militaires crée une brèche dans l'armée.

La contestation s’entendait lors des permissions ou sur des forums. Désormais, elle pourra être officielle. En toute discrétion, la première association professionnelle de gendarmes, Gend XXI, a officiellement été déclarée en préfecture vendredi.

Cet embryon de «syndicat» est très particulier puisqu’il ne pourra, contrairement aux syndicats de policiers, ni appeler à la grève, ni faire de manifestations et devra encadrer strictement sa communication et ses prises de parole. Cette création fait suite à la condamnation de la France en octobre par la Cour européenne des droits de l’homme au sujet de cette interdiction des syndicats dans l’armée. Un mois et demi plus tard, le conseiller d’État Bernard Pêcheur avait remis un rapport au président de la République, recommandant la création d'association professionnelle, une structure aux prérogatives moins étendues qu'un syndicat.

Le lieutenant-colonel Jean-Hugues Matelly, à l’origine de cette initiative, revient pour 20 Minutes sur la création de cette association.

Quel est l’objectif de cette association de gendarmes?

C’est de donner une parcelle d’expression aux militaires français. Les soldats sont aussi des citoyens. Ce ne sont pas des mercenaires. Ils ont droit à la parole. Nous ne voulons pas en faire un syndicat. Il n’y aura ni manifestation ni piquet de grève devant les installations militaires. Mais l’armée ne sera plus la grande muette.

Alors quel sera votre moyen de pression?

Le verbe. C’est une arme essentielle et efficace. Ce sera une première en France. Jusqu’à présent, le grand public connaissait la gendarmerie à travers la communication institutionnelle. Les Français ne sont pas bien informés. Nous voulons apporter une meilleure connaissance de nos activités.

Pour autant, votre parole, elle aussi, sera encadrée…

Il n’est pas question de prendre position contre le discours d’un président par exemple qui déciderait d’engager des troupes au sol. Mais nous aurons notre mot à dire sur les questions du budget, des effectifs, de l’organisation... Ou alors, lorsque les gendarmes subiront des attaques injustifiées. Les représentants auront un devoir de réserve assoupli pour participer au débat public.

Comment s’organisera votre association?

Le conseil d’administration se compose de 13 membres. Nous sommes tous des gendarmes actifs. Pour l’heure, nous travaillons dans cette association sur notre temps libre, lors de nos permissions. On attend de voir ce que prévoit la loi. Nos statuts pourront s’élargir à l’ensemble des militaires, pour ne pas laisser à l’écart les sapeurs-pompiers de Paris ou les marins-pompiers de Marseille.