VIDEO. Prise d’otages de Marignane: Vingt ans après, un ancien cadre du GIGN se souvient…

TERRORISME Posté à l’arrière-droit de l'avion, Philippe revient pour «20 Minutes» sur l'intervention de son groupe...

William Molinié
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Capture d'écran dailymotion
Capture d'écran dailymotion — 20 Minutes

Surhommes, héros, surentraînés. Ils ont été qualifiés de tous les superlatifs. «Nous n’avons fait que notre travail», coupe, vingt ans plus tard, Philippe, ancien chef de groupe au GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale). Le 24 décembre 1994, un commando du Groupe islamique armé (GIA) détournait un Airbus d’Air France à Alger. «Ce fameux samedi, j’ai reçu un appel à midi, me demandant de me rendre à la caserne», se souvient le gendarme qui s’apprêtait à fêter Noël en famille.

«Des départs comme celui-là, nous étions habitués. Il n’y avait pas plus d’émotion que cela. C’était une alerte standard.» Mais rapidement, la pression monte. Beaucoup de ressortissants français figurent parmi les passagers. Un otage algérien est tué à 14h. «Le premier jour, c’est surtout l’attente. L’ensemble des personnels d’alerte sont rappelés», poursuit-il. Le commandant du GIGN, Denis Favier, actuel patron de la gendarmerie, doit lui aussi rentrer de province, où il était parti pour les fêtes.

«La seule issue possible était l’intervention»

Le samedi soir, vers 19h, Philippe et ses hommes sont envoyés en avion à Majorque pour se rapprocher d’Alger, prêts à intervenir. De longues heures d’attente, rythmées par les répétitions de l’opération sur un avion d’Air France mis à disposition et les fausses alertes. Pendant 17h, le groupe d’élite restera cloué au sol. «Il y a des moments de tension. On se tient prêts à intervenir en appui des négociateurs qui cherchaient la reddition du commando. On se dit “on y va”, puis “on n’y va pas”», se souvient celui qui était entré au GIGN vingt ans plus tôt. Pendant ce temps, à Paris, le gouvernement d'Edouard Balladur met la pression sur les autorités algériennes. Il exige que l'intervention se déroule sur le territoire français, redoutant un carnage à cause des méthodes radicales des forces d'intervention algérienne qui refusent de négocier avec le GIA.

Dans la nuit du 25 au 26 décembre, l'Airbus du vol AF 8969 décolle enfin d'Alger. Les terroristes veulent absolument atterrir à Paris. Mais le commandant de bord prétexte un manque de carburant pour poser l'appareil à l'aéroport de Marignane à Marseille. Entre-temps, Philippe et une cinquantaine d’hommes du GIGN se sont positionnés derrière des hangars, à proximité du tarmac. En fin de matinée, ce lundi, «nous avons été prévenus par les négociateurs qu’ils étaient à bout d’arguments, que les pirates de l’air ne se rendraient pas et que la seule issue possible serait l’intervention.»

A 17h, fin de l’ultimatum des autorités appelant le commando à se constituer prisonnier, les terroristes ne se sont pas rendus. «Quand on a eu le top, je me souviens qu’on était tous dans les passerelles mobiles, qu’on s’est serré la main, on s’est regardé. Puis on a baissé nos visières. C’était parti.»

Modestie et humilité

Positionnés à l’arrière-droite de l’appareil, Philippe et son groupe sont chargés de faire évacuer les otages par les toboggans. «Certains passagers, assis depuis 50 heures et tétanisés par la peur, ne voulaient pas sortir. Il a fallu les forcer. Grâce à l’aide extraordinaire du personnel de bord, on a pu sauver tous les passagers.» L’intervention, retransmise en direct par les télévisions, est une réussite. Tous les otages sont libérés, les quatre pirates de l’air sont tués. Neuf gendarmes et trois des 12 membres d’équipage sont blessés.



Vingt ans plus tard, le gendarme garde un souvenir «unique» de cette opération. «Je vois encore, une fois tous les terroristes tués, le commandant de bord sortir du cockpit. Il a une allure de gentleman et avance tranquillement. A ce moment-là, on s’est tous dit "Mais comment ont-ils fait pour survivre?”». La réponse est sans doute à chercher du côté de l’engagement total des hommes du GIGN. Peut-être aussi «un peu de chance», souffle-t-il.

Ce n’est qu’une fois l’assaut donné et l’opération bouclée que Philippe prendra pleinement la mesure de l'exploit du groupe. «On a regardé les images. On savait qu’il y avait une pression médiatique. Mais elle ne nous a pas impactés». Modestie et humilité sont restées les maîtres mots du gendarme. «Les angoisses, ce sont nos familles qui les ont eues. Il y avait plus de difficultés à voir à la télévision ce que nous vivions qu’à être à l’intérieur.» Une attente angoissante de 54 heures et un quart d’heure de scènes de guerre retransmises en direct. Mais ce n’était pas un film.