Joué-lès-Tours, Dijon, Nantes: «Un extraordinaire concours de circonstances», estime René-Georges Querry

INTERVIEW L’ancien patron de la lutte anti-terroriste commente les événements de ces derniers jours…

Propos recueillis par William Molinié

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La voiture utiliszée pour foncer dans la foule pa run homme déséquilibré, le 22 décembre 2014 à Nantes
La voiture utiliszée pour foncer dans la foule pa run homme déséquilibré, le 22 décembre 2014 à Nantes — Gobet/ AFP

Sur les trois attaques de ces derniers jours, une seule est présentée comme une «affaire de terrorisme» par les autorités. Celle de l'attaque du commissariat de Joué-lès-Tours samedi. Pourtant, plusieurs responsables politiques ironisent sur cet enchaînement de faits, présentés par le Premier ministre, Manuel Valls, comme n’ayant «aucun lien» entre eux.

René-Georges Querry, ancien inspecteur général de police et ancien chef de l'UCLAT (Unité de Coordination de la Lutte Antiterroriste), revient pour 20 Minutes sur la qualification «terroriste» des actes. Selon lui, les faits seuls ne permettent plus de qualifier une action de terroriste, contrairement aux attentats des années 1980-1990. Désormais, et c’est la nouveauté, il faudra se pencher en profondeur sur la personnalité des auteurs.

Joué-lès-Tours, Dijon et Nantes… Y voyez-vous des actes terroristes?

Prenons, à titre de comparaison, les actions terroristes des années 1980, en excluant Action directe. Les actes terroristes de Carlos, les bombes du Printemps, l’attentat de la rue de Rennes, puis plus tard en 1995, ceux des stations Saint-Michel et Port-Royal… C’était une période dure avec des groupes très structurés, clandestins, qui disposaient d’artificiers, de réseaux secondaires très efficaces. Depuis 1996, on n’avait pas connu ce niveau de violence. Jusqu’à Merah en 2012 avec la résurgence d’une violence motivée par une idéologie et une religion.

Comment qualifiez-vous les événements dans ces trois villes?

La résurgence de cette violence s’est confirmée en Belgique, au Canada et aux Etats-Unis par des actes isolés à mi-chemin avec la folie. Ils sont improvisés. On a un facteur de radicalisations mais c’est différent d’il y a 20 ou 30 ans.

Quand Manuel Valls dit que ces actes n’ont «aucun lien entre eux», il ment?

Je ne pense pas qu’on puisse maquiller aujourd’hui une enquête et cacher la réalité des faits à l’opinion publique. Des dizaines de personnes travaillent sur ces affaires. Pour mentir, il faudrait pouvoir obtenir le silence de nombreuses personnes. C’est impossible. A Joué-lès-Tours, l’action est imputée au terrorisme sur fond d’islamisme délirant. Mais les deux autres cas, à Nantes et Dijon, il n'y a aucune raison de mettre en cause la version de la justice et de la police. Même si à Dijon, l’homme a crié «Allahou akbar» dans sa voiture, ça ne fait pas de lui un terroriste. Ce n’est pas lié à l’islam. C’est un extraordinaire concours de circonstances.

Comment, alors, distinguer un acte terroriste d’un crime?

Même si on prend Nemmouche et Merah, on est face à des individus qui pètent les plombs. Leurs actions sont délirantes. Pour Nantes et Dijon, on conclut que ce sont deux malades mentaux sans motivation religieuse. Pourquoi? Parce que l’acte seul et objectif ne suffit plus à avancer la qualification terroriste de l’acte. C’est désormais la personnalité de l’auteur qui détermine la nature de l’acte, terroriste ou pas. Ça, c’est totalement nouveau. L’enquête doit désormais très rapidement parvenir à connaître la connotation religieuse de l’acte. Le gouvernement a un travail de pédagogie à faire. Pour ce que je sais et ce que je vois, il le fait. Tout dépend de ce que l’opinion publique est capable d’entendre.