Polémique sur les crèches de Noël: «Un symbole culturel plutôt que cultuel»

INTERVIEW Alors que la justice a autorisé lundi la ville de Melun à conserver sa crèche de Noël, le sociologue Raphaël Liogier revient sur la polémique...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Une crèche installée dans la mairie des 13e et 14e secteurs de Marseille, dont Stéphane Ravier (FN) est le maire, le 9 décembre 2014
Une crèche installée dans la mairie des 13e et 14e secteurs de Marseille, dont Stéphane Ravier (FN) est le maire, le 9 décembre 2014 — Boris Horvat AFP

La justice a tranché: Marie, le petit Jésus et les rois mages pourront rester installés dans la crèche de Noël, établie dans les jardins de l’Hôtel de Ville de Melun. Comme à Béziers (Hérault), le tribunal administratif de Melun a autorisé ce lundi la commune de Seine-et-Marne à conserver cette installation, malgré les conclusions du rapporteur public, qui y voyait un emblème religieux et non une simple tradition. Raphaël Liogier, sociologue, directeur de l’Observatoire du religieux et auteur de Ce populisme qui vient (Textuel), analyse pour 20 Minutes les raisons de cette polémique autour des crèches.

Pourquoi les crèches de Noël installées dans des bâtiments publics déchaînent tant les passions?

Les crèches sont aujourd’hui au cœur de la polémique parce qu’on est ultrasensible à tout ce qui donne le sentiment qu’il y aurait un péril sur l’identité. Chacun cherche l’ennemi qui empiète sur son identité et pour la défendre, beaucoup invoquent la laïcité, qui est devenue l’expression de l’hygiénisme culturelLa vraie tradition laïque, elle, a été vidée de son contenu juridique. Pourtant la laïcité, ce n’est pas éliminer les expressions religieuses, mais faire en sorte qu'elles cohabitent.

La justice a autorisé la commune de Melun à conserver sa crèche, est-ce une bonne chose ?

Pour l’instant, les tribunaux résistent à ce malaise sociétal qui touche la population, est c’est très bien. C’est d’ailleurs la marque d’un Etat de droit où l’équité et le droit sont respectés. Juridiquement, la laïcité n'implique pas d’interdire les crèches. C’est vrai, elles sont le symbole historique du christianisme et sont exposées dans des lieux publics mais aujourd’hui, elles relèvent du patrimoine culturel. A ce titre, elles sont aujourd’hui un symbole culturel plutôt qu’un symbole cultuel, et c’est pour cela que rien ne contrevient à ce que des crèches soient installées par des mairies au moment des fêtes de Noël.

Dans le même temps, un sondage révélait mi-décembre que 71% des Français sont favorables à la présence de crèches dans les bâtiments publics

Et cela n’a rien de surprenant. C’est comme pour les marchés de Noël ou les Pères Noël dans les centres commerciaux, auxquels beaucoup de gens sont attachés. Depuis trente ou quarante ans, les crèches sont devenues une expression culturelle, avant d’être une expression religieuse, une image comme une autre de la culture globale nationale. On n’est plus dans un rapport religieux. C’est la même chose que pour les Pères Noël: là où il y en a le plus, c’est à Shanghai, Pékin et Téhéran, des villes qui ne sont pas vraiment des bastions du christianisme! Pour moi qui vis en Provence, et où les santons sont traditionnellement très présents, leur représentation a beaucoup évolué, il y en a même qui sont inspirés de mangas!