Joué-les-Tours: L'agresseur, Bertrand Bilal Nzohabonayo, un «personnage très mystérieux», selon Bernard Cazeneuve

TERRORISME L'enquête de la section antiterroriste du parquet de Paris s'oriente vers un attentat «motivé par l'islamisme radical»...

B.D. avec AFP

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Capture écran du profil Facebook de Bilal Nzohabonayo, l'agresseur des policiers de Joué-les-Tours.
Capture écran du profil Facebook de Bilal Nzohabonayo, l'agresseur des policiers de Joué-les-Tours. — 20 Minutes/Facebook

L'agresseur des policiers de Joué-lès-Tours, abattu samedi par les forces de l'ordre, était un Français de vingt ans né au Burundi -un pays majoritairement chrétien- et converti à l'islam, qui avait affiché sur son compte Facebook le drapeau du groupe djihadiste Etat islamique, a-t-on appris ce dimanche de sources concordantes.

Jeune homme au physique athlétique, il était arrivé à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire), il y a quelques années, de parents séparés. Il « naviguait » entre les domiciles de membres de sa famille, selon le procureur de la République de Tours, Bertrand Nzohabonayo, était connu pour des petits actes de délinquance -trafic de stupéfiants, extorsion, vol à l'étalage et recel.

«Pas fiché pour des activités à caractère terroriste»

Il «n'était pas fiché pour des activités à caractère terroriste», a souligné samedi le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, au terme d'un déplacement au commissariat de Joué-lès-Tours.

«Son frère s'était radicalisé mais le jeune Bertrand n'était pas connu autrement que pour des faits de délinquance», a assuré dimanche soir le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve sur TF1. Il y a «quelques jours», il avait néanmoins «manifesté sa radicalisation», en affichant «un drapeau» du groupe EI sur son compte Facebook, a ajouté le ministre. Plusieurs textes et slogans inspirés de l'islam radical étaient également visibles sur ce compte, qui n'était toutefois plus accessible dimanche soir.

Motivation terroriste ou acte d'un déséquilibré? «L'enquête révélera quel était son état psychologique», a souligné le ministre, pour qui «le personnage semblait quand même à la fois très mystérieux, très déstabilisé, peut-être aussi par des circonstances familiales».

Le parquet antiterroriste -dont l'enquête s'oriente vers un attentat «motivé par l'islamisme radical»- s'est rapidement saisi de l'affaire et devra déterminer si Bertrand Nzohabonayo a agi de sa propre initiative ou dans le cadre d'une action organisée, sachant que l'EI encourage les candidats au djihad à lancer des attaques contre les «infidèles» -militaires, policiers ou même civils.

«Epris de justice»

La France avait été nommément citée comme cible par l'EI après le début des frappes françaises en Irak, et de tels appels sont régulièrement relayés dans des vidéos du groupe djihadiste. «C'est clair que quand il y a un individu qui attaque un commissariat, en criant "Allahou Akbar", il y a de quoi se poser la question de savoir s'il a agi seul (ou) s'il a agi sur ordre», a expliqué le procureur de Tours, Jean-Luc Beck.

«Et tout ça, c'est le parquet spécialisé qui pourra mieux que personne le faire». Selon les premiers éléments de l'enquête, Bertrand Nzohabonayo n'a laissé ni lettre, ni message, a souligné le procureur. Sur les photos de lui qui circulent sur les réseaux sociaux, on distingue un jeune souriant au crane rasé et au collier de barbe noire fourni mais sans moustache.

L'agression a créé la stupeur dans la commune de 36.000 habitants située en banlieue de Tours. «C'est un véritable choc pour l'ensemble des habitants», a déclaré le maire (UMP) de la commune, Frédéric Augis. «C'est un acte isolé dans une ville paisible», a-t-il ajouté. «Un acte, aussi horrible soit-il, ne peut pas représenter une ville», a-t-il souligné, estimant que «c'est un symbole de la République qui a été touché».

L'agresseur des policiers est décrit par un de ses anciens éducateurs sportifs comme un garçon calme, plutôt réservé. «Quand il est arrivé au club de foot, en provenance de la région parisienne, il devait avoir 16-17 ans. Il a voulu arbitrer, ce qui n'est pas si fréquent à cet âge-là. Il était épris de justice», s'étonne cet homme qui souhaite conserver l'anonymat.

Son entourage dubitatif

Le jeune homme dégageait de la «puissance physique, commente son ancien entraîneur. Il avait une démarche particulière, avec les jambes arquées», poursuit-il, tout en restant dubitatif quant à son engagement radical: «Nous le voyions parfois à la mosquée. Mais il n'avait pas poursuivi dans le foot, ni dans l'arbitrage, pour une raison que j'ignore.»

Plusieurs personnes rencontrées près du domicile de sa soeur, un petit bâtiment HLM de quatre étages plutôt propret dans le quartier populaire de la Rabière, refusent de croire à la thèse de l'agression islamiste. «Ce n'est pas à l'image de notre ville. Nous avons réussi à tisser le dialogue et l'entente entre les communautés», assure Ahmed Moussaoui, qui préside l'association de quartier Rapprochement culturel et solidarité. De «très bons rapports» confirmés par le maire, qui a téléphoné samedi soir aux représentants de toutes les communautés religieuses de la ville.