Illustration de la justice.
Illustration de la justice. — Josef Horazny/

ENTRETIEN

Jean-Charles Gonthier: «La justice française a du mal à reconnaître ses erreurs»

Avocat célèbre du barreau bordelais, Jean-Charles Gonthier vient de publier un ouvrage sur les grandes erreurs judiciaires en France…

Il y a bien sûr Patrick Dils qui «voulait juste rentrer chez [lui]». Marc Machin qui ne parvient pas à gérer les dommages causés par sept années de détention injustifiée. Et puis Loïc Sécher et Roland Agret. Tous figurent dans l’ouvrage de Jean-Charles Gonthier. Avocat au barreau de Bordeaux pendant cinquante ans, il vient de publier un ouvrage sur les erreurs judiciaires en France. Alors que 20 Minutes a consacré un webdocumentaire à ce sujet il y a une semaine, l’avocat a accepté d’évoquer la question dans une interview. 

 

>> Découvrez notre webdocumentaire consacré aux erreurs judiciaires 

La justice française a-t-elle du mal à reconnaître qu’elle a commis des erreurs?

Incontestablement, elle ne les reconnaît pas facilement. Une dizaine de détenus ont obtenu un procès en révision depuis 1945. Mais je pense que nous sommes dans une évolution positive des choses. Cela devrait changer.

Pourquoi?

Tout simplement grâce aux progrès de la science, notamment en matière d’ADN. Il va désormais être beaucoup plus facile de démontrer l’innocence de quelqu’un en s’appuyant sur ce moyen.

Votre ouvrage décline 24 cas d’erreurs judiciaires «certaines» et «possibles». Pourquoi cette distinction?

Douze chapitres concernent des erreurs judiciaires certaines qui sont déjà connues. Mais je parle aussi d’autres cas moins célèbres sur lesquels le lecteur peut s’interroger. C’est à lui aussi, un peu comme un juré, de déterminer si l’accusé dont on parle est innocent ou pas. Je pense d’ailleurs que la notion d’erreur judiciaire doit être élargie. C’est ce que je plaide dans cet ouvrage.

Pourquoi la notion d’erreur judiciaire doit être élargie?

Aujourd’hui, elle ne concerne que les gens qui ont été condamnés définitivement avant de finalement bénéficier d’un procès en révision. Mais regardez tous les gens qui font de la détention provisoire! Dès l’instant où l’on place quelqu’un en détention provisoire avant de finalement se dire qu’il ne mérite pas d’être jugé ou qu’il n’est pas coupable lors d’un procès, c’est commettre, selon moi, une erreur judiciaire. Or cela ne rentre pas dans les statistiques…

Avez-vous un exemple à ce propos?

Prenez l’exemple de Marie Besnard. Elle fait cinq ans de détention avant d’être jugée à trois reprises. Au final, elle est acquittée. Et personne ne parle d’erreurs judiciaires. Ce n’est pas normal.