Accusations de viols: Comment Georges Tron a tenté d'échapper aux assises

JUSTICE Contrairement aux juges d’instruction, la cour d’appel de Paris a estimé que l’ancien ministre devait répondre, lors d’un procès d'assises, d’accusations de viols sur deux anciennes employées de mairie…

Vincent Vantighem

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L'ex-secrétaire d'Etat UMP Georges Tron à Longjumeau, dans l'Essonne, le 2 février 2012
L'ex-secrétaire d'Etat UMP Georges Tron à Longjumeau, dans l'Essonne, le 2 février 2012 — Lionel Bonaventure AFP

Les témoignages des deux victimes ont été jugés «approximatifs» et «parfois contradictoires». Pourtant, les juges de la cour d’appel de Paris ont décidé, lundi, de renvoyer Georges Tron et sa collaboratrice Brigitte Gruel devant une cour d’assises pour «viols» et «agressions sexuelles». Une décision inverse à celles des juges d'instruction qui avaient, d'abord, rendu un non-lieu dans cette affaire.

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Même les victimes ont été surprises de ce revirement de la justice. «On ne s’y attendait pas du tout», lâche ainsi Yael Mellul, l’avocate d’Eva Loubrieu, l’une des deux jeunes femmes qui, dans le sillage de l’affaire Strauss-Kahn, avaient accusé en 2011 le maire (UMP) de Draveil et ministre du gouvernement Fillon de viols lors de séances de réflexologie plantaire, l’art du massage des pieds auquel l’élu s’adonnait.

Pressions à la sortie de l’école

Si les juges ont pris cette décision, c’est parce qu’ils se sont rendu compte que le maire avait en réalité «manœuvré» durant l’instruction pour tenter de décrédibiliser les témoignages des deux plaignantes, assure Le Monde qui a pris connaissance de l’arrêt de la cour d’appel (article payant).

Les propos de Lucile Mignon, l’ancienne assistante parlementaire de Georges Tron, ont ainsi beaucoup pesé dans la balance de la justice. Après avoir farouchement nié, celle-ci a finalement reconnu que Georges Tron l’avait «envoyée» rencontrer l’une des deux victimes à la sortie de l’école de ses enfants pour lui dire que le maire «avait constitué un dossier sur elle» et qu’il valait mieux qu’elle retire sa plainte.

>> Eclairage: Lucile Mignon intervient dans le dossier Tron

Il y a aussi le témoignage d’une autre collaboratrice de cabinet qui a, elle, assuré aux enquêteurs qu’elle avait participé à une relation sexuelle avec le maire et son adjointe, sans que cela ne la dérange. Mais, quelques semaines plus tard, elle a reconnu «ne pas avoir dit toute la vérité parce qu’elle avait subi des pressions de la mairie…»

La thèse du complot politique écartée

Après avoir démissionné du gouvernement pour pouvoir «assurer sa défense», Georges Tron avait expliqué qu’il était la victime d’un complot ourdi par l’extrême droite avec qui il est opposé depuis des années dans son fief de Draveil.

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Mais, là aussi, les juges de la cour d’appel ont écarté ces explications. Les deux victimes n’ont «ni l’une, ni l’autre un profil partisan ou politique», écrivent ainsi les juges dans leur arrêt. Surtout, elles ne se sont pas «précipitées pour porter les faits [qui n’étaient pas récents] sur la place publique», assure encore Le Monde.

Autant de questions qui seront donc abordées lors d’un procès devant une cour d’assises à l'issue duquel l’ancien ministre risque une peine de vingt ans de réclusion criminelle.