Carte des régions: «Une mesure mal préparée qui engendre des peurs»

INTERVIEW Des enseignants en géographie reviennent pour «20 Minutes» sur la réforme voulue par le gouvernement qui doit ramener de 22 à 13 le nombre de régions…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Vue générale en date 28 octobre 2014 du Sénat à Paris
Vue générale en date 28 octobre 2014 du Sénat à Paris — François Guillot AFP

C'est mercredi que l'Assemblée nationale doit valider définitivement la nouvelle carte des régions. Si les sénateurs se sont prononcés pour 15 régions, les députés en veulent 13, suivant en cela le gouvernement. 20 Minutes revient sur cette mesure avec Michel Bussi, professeur de géographie à l’université de Rouen, et Rachel Linossier, maître de conférences à l’Institut d’urbanisme de Lyon…

La réforme du territoire administratif français enfièvre les débats. Quel bilan en dressez-vous?

Michel Bussi: Le gouvernement a improvisé une réforme coup de poing, spectaculaire. Ça passe ou ça casse. Ce pari est dangereux car il suscite de la peur. A moins d’un an des élections régionales, cette vaste réforme territoriale est toujours dans le flou. Par exemple, il y a les nouvelles capitales régionales, qui ne sont toujours pas connues. Je pense surtout à celles qui vont perdre leur statut, et donc des emplois. Cette réforme mal préparée engendre inévitablement des peurs.

Rachel Linossier: Sur les régions, leur «recalibrage» actuel s'inscrit sans doute dans la poursuite de l'application au contexte français des normes d'encadrement des politiques économiques définies par l'Union européenne. Il s'agit ainsi de faire rentrer - si besoin aux forceps - l'organisation territoriale et administrative de la France dans le «moule» européen, en se calant sur le modèle administratif et territorial des pays de tradition fédérale comme l'Allemagne. Or, comparer les régions françaises - naines politiques et financières - aux lander allemands est une absurdité…

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Les nouvelles régions gardent les communes et les départements, qui semblent dépassés…

M. B.: La commune ne sera jamais supprimée car elle est dans l’ADN de notre patrimoine. Le département aurait pu, plus facilement, être supprimé. Mais c’est sans compter les lobbys des maires, des élus des conseils généraux, qui luttent avec succès contre leur disparition.

R. L.: Les capacités d'action des régions sont limitées et elles sont encore largement encadrées par l'Etat par le truchement des transferts financiers. Elles butent par ailleurs sur le principe d'absence de pouvoir hiérarchique entre les différents niveaux de collectivités locales…

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Des opposants estiment qu’une grande région ne peut s’occuper convenablement de ses territoires éloignés...

M. B.: Prenons l’exemple de Bordeaux dans cette nouvelle grande région Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin. Cette capitale ne pourra pas tout gérer. Je pense qu’il y a besoin d’antennes dans le monde rural, pour assurer des services de proximité à la population.

R. L.: La question des compétences d'action est une des données du problème du développement économique des territoires, dans la mesure où les régions (comme les communes et les départements) n'ont pas de pouvoir d'action sur les grands déterminants du fonctionnement de l'économie. Elles ne peuvent donc qu'intervenir en accompagnement et/ou en incitation de dynamiques économiques existantes ou potentielles.  Par exemple, les régions peuvent soutenir des filières économiques en facilitant leur développement à l'international, en fédérant les acteurs par l'animation de réseaux ou encore en finançant leurs besoins en matière de formation professionnelle… C'est déjà beaucoup, mais insuffisant dans le contexte actuel.