Paris, le 11 janvier 2011. Dominique Courtois, président de l'Association de défense des victimes d'erreurs médicales.
Paris, le 11 janvier 2011. Dominique Courtois, président de l'Association de défense des victimes d'erreurs médicales. — JACQUES DEMARTHON / AFP

ENTRETIEN

«On estime à 450.000 le nombre d’erreurs médicales en France par an»

Président de l’Association d’aide aux victimes d’accidents, le docteur Dominique Courtois revient sur les onze millions d’euros accordés par la justice à la famille d’un enfant devenu handicapé à cause d’une erreur médicale…

Il ne marche pas. Est alimenté par une sonde. Et a besoin d’assistance vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Philippe Giardina a 14 ans. Et aucun espoir que sa situation ne s’améliore avec le temps. Le jour de sa naissance, une erreur médicale commise par un gynécologue obstétricien l’a rendu handicapé à 100%. Lundi, la cour d’appel d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) a donc accordé onze millions d’euros à sa famille afin de l’aider jusqu’à la fin de sa vie.

>> Les faits: Onze millions accordés à la famille d’un handicapé

Médecin reconnu et président de l’Association d’aide aux victimes d’accidents corporels, Dominique Courtois décrypte pour 20 Minutes les ressorts de cette décision de justice et dévoile l’ampleur des erreurs médicales en France.

Le montant de cette indemnisation paraît énorme? Est-ce courant d’accorder à une telle somme à une victime d’erreur médicale?

Nous avons plusieurs cas de ce type. Le montant peut frapper les gens mais il faut bien comprendre que les parents ne sont pas repartis du tribunal avec un chèque de onze millions. Il s’agit d’une sorte de rente qui va leur être versée chaque année pour prendre en charge leur fils. C’est horrible de dire ça mais si cet enfant meure dans deux ans, ses parents ne toucheront donc pas onze millions d’euros.

Comment calcule-t-on ce type d’indemnité?

Il y a plusieurs critères qui entrent en ligne de compte. Le premier d’entre eux, c’est que dans un tel cas, l’enfant a besoin d’une assistance vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Disposer d’auxiliaire de vie coûte cher. Pour quelqu’un de grabataire en permanence, le coût est d’environ 200 à 220.000 euros par an. Il faut bien comprendre que nous avons par exemple des personnes plongées dans un coma «pauci-relationnel» qu’il faut bouger toutes les heures. Il faut bien payer les gens qui s’occupent de ce type de patient.

Ensuite, il y a beaucoup de critères qui rentrent dans l’indemnisation. Je n’en citerai qu’un: le préjudice professionnel. A cause de l’erreur médicale, cet enfant ne travaillera jamais. Il faut donc prévoir, dans son indemnité, l’équivalent d’un Smic à vie.

Y a-t-il beaucoup d’erreurs médicales en France?

Il n’y a pas de statistiques officielles. Mais on estime à 450.000 le nombre d’erreurs médicales chaque année dans l’Hexagone. Cela peut paraître énorme mais cela représente au final 1% des actes médicaux estimés, eux à 450 millions par an. Il y a les erreurs dans l’administration de médicaments par exemple ou les actes médicaux à proprement parler. Mais toutes les erreurs n’entraînent pas forcément de problèmes.

Combien de décès sont dus à ces erreurs?

On estime de 9 à 12.000 le nombre de personnes qui décèdent suite à une erreur dans l’administration d’un médicament. Les infections nosocomiales sont responsables, elles, de 5 à 6.000 décès. Enfin, les erreurs médicales graves représentent environ 5.000 morts chaque année.

Comment réduire ce nombre?

En Grande-Bretagne ou en Allemagne, les praticiens ont l’obligation de déclarer les erreurs qu’ils commettent. Non pas dans le but de jeter l’opprobre sur eux. Mais de manière à ce que leurs collègues ne reproduisent pas les erreurs qu’ils ont pu commettre un jour.

>> Portrait: Irène Frachon, lanceur d'alerte sur le Médiator

Enfin, j’encourage tous les Français à faire remonter les problèmes qu’ils pourraient rencontrer avec le monde médical. Il faut qu’ils deviennent des lanceurs d’alerte afin d’identifier le plus rapidement les erreurs et de ne pas les multiplier.