Notation des élèves: «En 1808, le baccalauréat était évalué avec des boules de couleur»

ENTRETIEN Historien de l’Education, Claude Lelièvre revient sur l’origine de notre système de notation actuellement remis en cause par certains professionnels de l’enseignement…

Propos recueillis par Vincent Vantighem

— 

Gémozac (Charente-Maritime), le 01 décembre 2011. Une classe de sixième expérimente la notation à l'aide de pastilles de couleur.
Gémozac (Charente-Maritime), le 01 décembre 2011. Une classe de sixième expérimente la notation à l'aide de pastilles de couleur. — PATRICK BERNARD / AFP

Qui a eu cette idée folle, un jour, d’inventer les notes à l’école? Alors que les professionnels de l’enseignement sont réunis, jeudi et vendredi, pour plancher sur l’évaluation des élèves, 20 Minutes a fait appel à Claude Lelièvre, historien de l’Education, pour comprendre d’où vient notre système de notation de 0 à 20.

>> Les faits: Pourquoi il faut réformer les notes à l’école

>> Evaluation des élèves: Couleur, appréciation, sticker... Les pistes pour remplacer les notes

Si le Japon privilégie une échelle de 0 à 100, la Suisse, elle, dispose d’un indicateur allant de 0 à 5. Outre-Rhin, les notes vont de 0 à 6. Quant aux Etats-Unis, ils préfèrent les lettres de A à F. Claude Lelièvre décrypte donc notre système d’évaluation.

Comment est né notre système allant de 0 à 20?

On retrouve l’origine de ce système dans un arrêté ministériel datant du 5 juillet 1890. L’article 21 de cet arrêté stipule que ‘’dans toutes les compositions, chaque copie aura sa note chiffrée de 0 à 20’’. A l’époque, cela participe surtout d’une nouvelle façon d’évaluer le baccalauréat.

Mais le bac a été créé en 1808. Comment était-il noté auparavant?

Avec des boules de couleur! Il s’agissait d’abord d’épreuves orales. Les examinateurs avaient trois boules. Une rouge si l’avis était favorable, une noire si c’était défavorable et une blanche quand l’examinateur ne voulait pas se prononcer. En ce temps-là, le baccalauréat était un examen et non un concours. On l’avait ou on ne l’avait pas. Mais il n’y avait pas de notes ou de moyennes. Et encore moins de mentions!

>> Eclairage: Neuf facteurs qui influencent les notes des profs

Si on remonte plus tôt encore, on peut se référer au système mis en place par les Jésuites. Pas de note, ni de boule de couleur, mais un classement. Les copies étaient classées et rendues dans un ordre qui permettait à l’élève de se situer par rapport au reste du groupe.

Qu’est ce qui a motivé la création de l’échelle de 0 à 20?

L’arrivée de ce qu’on a appelé les compositions mensuelles et trimestrielles. Il s’agissait de moments très particuliers dans la vie des écoliers. Car ces compositions décidaient de l’attribution des prix.

>> Insolite: Les plus belles perles du bac

Souvenons-nous qu’il a fallu attendre 1933 pour que l’école soit rendue gratuite dans le secondaire. Les établissements se livraient alors à une vraie guerre pour attirer des élèves. Et l’attribution de prix ostentatoires était une façon pour les établissements de convaincre les parents d’inscrire leurs enfants chez eux et donc de les payer. Pour distribuer un maximum de prix, il était préférable pour les établissements de disposer d’une vraie grille de notation.

Ce système a ensuite été remis en cause en mai 1968?

Non pas en mai, mais en mars 1968. Cela n’avait rien à voir avec les mouvements sociaux de l’époque. En mars 1968, Alain Peyrefitte participe à un colloque à Amiens (Somme) où il remet en cause l’échelle de 0 à 20. Il propose même un système de lettres. Mais le mois de mai arrive et Peyrefitte est poussé à la démission.

Il est alors remplacé par Edgar Faure qui, en 1969, supprime ce système de notes. Cela ne dure pas longtemps car, dès 1972, il refait surface dans les classes d’examen pour le brevet et le baccalauréat. Dès lors, il est réintroduit partout…