Porc à la cantine: «La laïcité ne doit pas être instrumentalisée à des fins excluantes»

INTERVIEW Le rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité revient sur la décision du maire de Sargé-Les-Le-Mans de supprimer les plats de substitution sans porc à la cantine...

Anissa Boumediene

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Le maire de Sargé-lès-Le Mans (Sarthe) a décidé de supprimer des cantines  scolaires de sa commune les plats de substitution sans porc.
Le maire de Sargé-lès-Le Mans (Sarthe) a décidé de supprimer des cantines scolaires de sa commune les plats de substitution sans porc. — p.magnien/20 minutes

Du porc ou rien. C'est la décision qu'a prise Marcel Mortreau, maire de la petite commune de Sargé-lès-Le Mans (Sarthe). Pour 27 des 220 écoliers fréquentant les cantines municipales, il faudra se contenter du plat unique ou ne pas manger à la cantine les jours où des plats à base de porc sont au menu. L'édile invoque la «laïcité» pour justifier sa décision, expliquant qu'elle fait également suite à un changement de prestataire de restauration. Mais la nouvelle ne manque pas de faire polémique. Nicolas Cadène, rapporteur général à l’Observatoire de la laïcité, livre pour 20 Minutes son analyse de la situation.

Un maire peut-il invoquer la laïcité pour retirer les menus de substitution sans porc des cantines ?

Absolument pas ! Cet argument n’est pas invoquable pour justifier une telle décision! La laïcité ne peut pas être mise en avant pour supprimer la diversité des menusLes cantines doivent pouvoir proposer une offre de choix pour tout le monde, qui réponde à l’intérêt général. La laïcité consiste à trouver un équilibre et valoriser le vivre ensemble. Ce qui est surprenant, c'est que les choses se passaient très bien auparavant dans cette municipalité, comme dans la majorité des villes françaises d’ailleurs, où presque toutes les écoles proposent des menus alternatifs sans porc. 

Cette décision est-elle anti laïque alors ? Le maire en a-t-il le droit ?

Elle n'est ni anti laïque ni illégale. La restauration scolaire est un service public facultatif assuré par les municipalités. A ce titre, les maires ont toute latitude pour la composition des menus servis aux enfants. Dans son rapport sur les cantines scolaires, le défenseur des droits rappelle qu’«il n’existe aucune obligation pour les communes de mettre en place des menus adaptés pour tenir compte de prescriptions ou d’interdits alimentaires religieux». Et ce n’est d’ailleurs pas ce que l’on demande. On ne veut pas que les cantines proposent des menus casher et des menus halal. Mais la laïcité ne doit pas être instrumentalisée à des fins excluantes, elle ne doit pas être invoquée abusivement.

L'argument économique est également mis en avant...

La diversité des menus ne coûte pas plus cher. Lorsque l’argument économique est valable, pourquoi pas, mais en l’espèce, le nouveau prestataire de restauration de Sargé-lès-Le Mans n’a pas dit que fournir un menu alternatif sans porc était plus coûteux, mais que s’il ne préparait qu’un plat unique, c’est parce que la mairie le lui avait demandé.

Sargé-lès-Le Mans n’est pas la seule commune à supprimer les menus de substitution sans porc. C’est regrettable et dommageable lorsqu'une telle décision relève d'un acte militant: cette position divise et attise des tensions qui n’existaient pas. Je déplore le manque de concertation des mairies qui ont fait ce choix. Et j'encourage les parents impactés à nouer le dialogue avec leurs municipalités.