Libération de Lazarevic: «Un grand moment d’euphorie trompeur»

INTERVIEW Gérard Lopez, psychiatre, averti des risques liés au retour des ex-otages…

William Molinié
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Serge Lazarevic à son arrivée à Vélizy-Villacoublay le 10 décembre 2014, après trois ans de captivité.
Serge Lazarevic à son arrivée à Vélizy-Villacoublay le 10 décembre 2014, après trois ans de captivité. — AFP

Serge Lazarevic est de retour après 1.111 jours de captivité. Personne n’en revient sans séquelle. Mais les ex-otages doivent apprendre à vivre avec. Gérard Lopez, psychiatre et président-fondateur de l’Institut de victimologie de Paris, revient pour 20 Minutes sur la libération de Serge Lazarevic…


Par quelles phases psychologiques passent les otages?

Lors de la capture, c’est une irréalité totale. Ils ont du mal à comprendre. Le cerveau raisonnable est déconnecté du cerveau émotionnel. Ils sont dans un premier temps comme dans un rêve mais vont très rapidement se réveiller.

Ensuite, ça diffère selon les conditions de détention?

Oui, d’autant plus si des choses épouvantables s’inscrivent dans leur cerveau. Tout dépend, aussi, du niveau d’isolement. Son collègue (Philippe Verdon) a été tué dans un climat d’insécurité. Lui a connu une détention assez stricte pendant plusieurs mois. Tout cela s’ajoute aux difficultés qu’il va rencontrer.

Quelles sont-elles justement?

Sa libération est un grand moment d’euphorie trompeur. Lui-même a dit sa joie de retrouver la liberté. Il est accueilli par François Hollande, le président de la République, sur le tarmac de Villacoublay. Il y a un travail de reconnaissance à faire dès maintenant, indispensable pour la suite. Il faut aussi le protéger d’un possible harcèlement médiatique. Sa détention a eu un impact certain sur ses croyances fondamentales. Sa confiance en soi, aux autres, au monde a été altérée.

Il doit passer des examens médicaux et psychologiques. En quoi consistent-ils?

On va lui pratiquer un bilan de santé. Concernant les souffrances psychologiques, une cellule d’urgence va s’en occuper. Trois ans, c’est long et court à la fois. Dans l’immédiat, il peut être envahi par les souvenirs de sa détention qui peuvent se manifester par des images qui passent en permanence, des cauchemars. D’autres problèmes vont s’ajouter, comme la question de l’indemnisation, celle de retrouver un travail, une place dans sa famille, aux côtés de ses proches…

Quels conseils lui donneriez-vous?

Le premier, c’est d’aller oser consulter un psychologue ou un psychiatre pour faire en sorte d’arrêter que le magnétoscope se déclenche en permanence. Pas pour parler dans le vide mais pour suivre une vraie thérapie. Le second, c’est de prendre attache avec une association qui peut l’aider dans ses démarches. Pour les otages, deux sont à la pointe: l’association française des victimes de terrorisme (AFTV) et Otages du monde. Il ne sera jamais le même. Mais s’il est bien aidé et que de bonnes expertises psychologiques sont pratiquées, il peut apprendre à vivre avec.