Fin de vie: Vives tensions autour de la remise d’un rapport à François Hollande

SANTE Missionnés par François Hollande pour aboutir à un texte de loi sur la fin de vie, les députés Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS) ne semblent pas sur la même longueur d’onde…

Vincent Vantighem

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Les Pays-Bas puis la Belgique ont été les premiers pays au monde à légaliser l'euthanasie en 2002 : dix ans après, elle y est pratiquée sur plus de 4.000 patients chaque année, principalement atteints de cancers, mais aussi, de plus en plus, de maladies d'Alzheimer à un stade avancé.
Les Pays-Bas puis la Belgique ont été les premiers pays au monde à légaliser l'euthanasie en 2002 : dix ans après, elle y est pratiquée sur plus de 4.000 patients chaque année, principalement atteints de cancers, mais aussi, de plus en plus, de maladies d'Alzheimer à un stade avancé. — Etienne Ansotte afp.com

Au moment de leur remettre la lettre de mission, François Hollande avait insisté sur l’importance d’aboutir à «un texte consensuel». Ce n’est pas gagné… Selon nos informations, le président de la République a prévu de prendre la parole, ce vendredi, à l’issue de la remise des conclusions sur la fin de vie [lire l’encadré] rédigées par les députés Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS).

Une interview a mis le feu aux poudres

Que va annoncer le chef de l’Etat? Difficile de savoir: les deux parlementaires censés lui préparer le terrain d’un texte de loi ont coupé toute communication après que leurs désaccords ont éclaté au grand jour dans la presse. C’est une interview d’Alain Claeys à Libération, le 24 novembre, qui a mis le feu aux poudres. «Pour la première fois, nous parlons d’une sédation forte dans le but d’aider à mourir», y assurait le député-maire (PS) de Poitiers.

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En la lisant avec son café du matin, Jean Leonetti a failli s’étouffer. «L’aide à mourir ne fait même pas partie d’une piste de réflexion», résumait, le jour même à 20 Minutes, l’un de ses proches conseillers. Quant au suicide assisté auquel Alain Claeys avoue «ne pas être hostile», Jean Leonetti y est, lui, farouchement opposé. Le député-maire d’Antibes (UMP) connaît bien le sujet. Cardiologue de formation, il est l’auteur de la loi de 2005 qui régit toujours aujourd’hui l’épineux débat sur la fin de vie.

C’était l’un des engagements de François Hollande

C’est d’ailleurs pour cette raison que les associations qui militent pour l’euthanasie active sont inquiètes. «Le texte de 2005 est une loi sur les devoirs des médecins pas sur les droits des patients, fulmine Jean-Luc Romero, président de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD). Si François Hollande compte s’en sortir avec une nouvelle loi Leonetti de gauche, ce sera sans nous!»

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Glissé au rang numéro 21 de sa liste de promesses de campagne, l’engagement de François Hollande à ce que tout patient puisse «bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité» a, quoi qu’il en soit, du plomb dans l’aile. Refroidi par les «Manif pour tous» d’opposition à la loi Taubira, le chef de l’Etat craint d’enflammer une nouvelle fois l’opinion publique en s’attaquant à ce sujet de société.

Dans la rue dès vendredi après-midi?

«Nous refusons de manière très ferme toute évolution de la réglementation vers une forme plus ou moins déguisée de suicide assisté ou d’euthanasie», a ainsi déjà prévenu l’Alliance Vita, proche des mouvements catholiques traditionalistes.

De son côté, l’ADMD se réfugie derrière les résultats d’un sondage controversé dont les résultats assurent que 96% des Français sont favorables à l’euthanasie. François Hollande va donc devoir peser ses mots. «Nous avons réuni le bureau de l’association, confie Jean-Luc Romero. Si les annonces de François Hollande ne nous satisfont pas, nous serons dans la rue dès vendredi après-midi…»

Quatre rapports et un enterrement?

Depuis son élection, François Hollande a déjà reçu quatre rapports différents sur l’épineuse question de la fin de vie. Dans sa lettre de mission aux députés Leonetti et Claeys, il demandait que soient abordées trois questions: le développement des soins palliatifs, la généralisation des directives anticipées et la question de la sédation terminale. Favorable à une évolution de la loi Leonetti de 2005, le chef de l’Etat n’a jamais prononcé le mot «d’euthanasie» lors de ses interventions sur le sujet.