Fin de vie: Le jour où Jean a aidé sa femme Josiane à mettre fin à ses jours

TEMOIGNAGE Renvoyé devant un tribunal pour «non-assistance à personne en danger», cet homme de 86 ans raconte son histoire à «20 Minutes» alors qu’un rapport sur la fin de vie est remis ce vendredi à François Hollande…

Vincent Vantighem

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Jean Mercier, accusé d'avoir aidé sa femme à mourir, et son avocat Mickaël Boulay.
Jean Mercier, accusé d'avoir aidé sa femme à mourir, et son avocat Mickaël Boulay. — MICKAEL BOULAY

Ce matin de novembre 2011, ça n’allait pas… Vraiment pas. Jean Mercier l’a vu tout de suite en pénétrant dans la chambre de Josiane, sa femme, avec qui il était marié depuis plus de cinquante ans. «Elle m’a demandé les médicaments, confie l’octogénaire à la fine moustache. J’ai fait semblant de ne pas comprendre. Et je lui ai apporté les antidouleurs habituels…» Mais ce n’était pas ceux-là que voulait cette femme atteinte par une profonde dépression.

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«Dans un état second», Jean est retourné dans la maison. Il a pris les boîtes de somnifères et d’antidépresseurs qu’il cachait précautionneusement jusque-là. Quelques semaines plus tôt, Josiane, 83 ans, s’était cassé le poignet en tombant dans les toilettes de leur maison de Saint-Etienne (Loire). La fracture la faisait terriblement souffrir. «Du coup, elle n’arrivait pas à ouvrir toute seule les boîtes de cachets…», poursuit son époux.

Un par un, Jean a donc retiré 28 comprimés de la plaquette de somnifère et les a glissés dans la main de Josiane. Il est ensuite retourné dans la cuisine où il a mélangé la moitié d’un flacon de morphine dans du jus de pamplemousse. «Je me suis assis à côté d’elle et on a parlé. Ensuite, elle s’est endormie…»

«Je vais être condamné»

Le 13 janvier 2015, Jean est convoqué par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne (Loire) pour répondre de «non-assistance à personne en danger.» «L’enquête a démontré que sa femme a pris volontairement les produits, renseigne Mickaël Boulay, son avocat. Il n’est donc pas accusé de meurtre…»

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Terriblement lucide et «en phase avec sa conscience», Jean ne se fait guère d’illusion sur l’issue du procès. «Je comprends très bien ce que l’on me reproche, reprend-il. Je vais être condamné. Dans l’état actuel de la loi, il ne peut pas en être autrement…»

Donner la mort, ce n’est pas «banal» 

Ce vendredi, justement, deux députés doivent remettre un rapport à François Hollande. La base d’un nouveau projet de loi censé améliorer les choses. A cette évocation, la voix du vieil homme déraille. «Mais ce n’est pas un rapport qu’il faut. Combien de temps va-t-on encore devoir attendre cette loi, bon sang?»

Jean et Josiane en parlaient déjà il y a plus de vingt ans. «A cette époque, on s’était fait la promesse de s’aider mutuellement à partir si l’un n’était plus en état, lâche-t-il. On se disait même que ce serait un geste banal. Pas du tout, c’est un geste extrêmement difficile…»

A tel point qu’après avoir reconnu son geste auprès des forces de l’ordre, Jean est resté cloîtré chez lui pendant deux jours. «Je n’osais pas sortir de peur du regard des autres, poursuit-il. Au final, je n’ai reçu que des marques de sympathie de la part des voisins et de ceux qui connaissaient Josiane. Tout le monde a compris ce que j’avais fait.»

Des pratiques extrêmement rares

Définies comme «le fait pour un tiers de mettre fin à la vie d’une personne à sa demande», les pratiques dites d’euthanasie active sont très exceptionnelles. Elles représentent 0,8% des décès selon une enquête de l’Institut national d’études démographiques de 2010 portant sur 4.723 décès. Mais dans 47,7% des cas, les médecins ont reconnu qu’ils avaient pris une décision (arrêt d’un traitement, intensification du traitement antidouleur…) tout en sachant qu’elle pouvait «hâter la mort du patient».

Pour «non-assistance à personne en péril», Jean Mercier, lui, encourt une peine de cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende.