Racisme et antisémitisme: Une cause nationale, ça sert à quoi ?

MOBILISATION Alors que le ministre de l’Intérieur a appelé dimanche à reconnaître le combat contre le racisme et l’antisémitisme comme une cause nationale, «20 Minutes» s’interroge sur les bienfaits de ce label…

Anissa Boumediene

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Le président du Crif Roger Cukierman, aux cotés de Bernard Cazeneuve, le 7 décembre à Créteil.
Le président du Crif Roger Cukierman, aux cotés de Bernard Cazeneuve, le 7 décembre à Créteil. — TSAMSON / AFP

«Il faut faire de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme une cause nationale». Moins d’une semaine après l’agression violente à Créteil d’un couple ciblé pour ses origines juives, Bernard Cazeneuve, qui s’est rendu sur les lieux ce dimanche, veut mettre en place un plan d’action. Le ministre de l’Intérieur souhaite y associer «toutes les administrations intéressées (...), les associations, les représentants des différents cultes», reconnaissant que les actes et menaces antisémites ont augmenté «de plus de 100% au cours des dix premiers mois de l'année». Au diapason, Manuel Valls estime que «c'est toute la société qui doit se mobiliser». 20 Minutes détaille les conditions d’obtention et les enjeux de ce dispositif.

Une grande cause nationale, c’est quoi ?

C’est un label décerné chaque année à un collectif d’associations ou à un organisme à but non lucratif. Depuis 1977, il leur permet de braquer les projecteurs sur leur cause en lançant une campagne d’intérêt public, durant laquelle des messages d’information et d’appel à la générosité sont diffusés gratuitement sur les radios et télévisions publiques.

C’est pour qui ?

Concrètement, une fois que le Premier ministre a choisi la cause qui sera mise en avant, le gouvernement lance un appel d’offres auquel organismes et associations impliqués dans cette thématique peuvent candidater, avec la possibilité s’ils le souhaitent de se regrouper. Puis, après avis d’une commission interministérielle, Matignon dévoile quelle cause se voit attribuer le label. Ces dernières années, le don d’organes, la lutte contre les violences faites aux femmes ou encore l’illettrisme ont été érigés en grande cause nationale.

Et après ?

Des messages d’information diffusés gratuitement dans les médias à une heure de grande écoute, c’est primordial, mais ce n’est pas tout. «Il faut une campagne d’union nationale qui mobilise toutes les forces de la société civile. Médias, enseignants, magistrats ou encore syndicats, tous doivent être associés à cette lutte», presse Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), qui réclame «depuis plus de deux ans un plan d’urgence contre l’antisémitisme». Satisfait que le gouvernement s’empare de la question, le président du Crif déplore «le développement de l’antisémitisme et des actes antijuifs, qui inquiètent la communauté au point  que beaucoup pensent à quitter la France». Persuadé qu’une vague de départs massifs de juifs «menacerait la démocratie», Roger Cukierman estime qu’«il est temps que la République se réveille».