Procès des bébés échangés de Cannes: Les familles réclament 12 millions d’euros

JUSTICE Manon et Mélanie ont été malencontreusement «échangées» à la naissance…

William Molinié

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Illustration de maternité.
Illustration de maternité. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Manon et Mélanie ont été malencontreusement «échangées» à la naissance. Mais vingt ans plus tard, aucune des deux ne désire réintégrer leur «vraie» famille, même après avoir vécu de nombreuses années avec le sobriquet de «fille du facteur». Evidemment, l'histoire qui fait irrémédiablement penser à La Vie est un long fleuve tranquille, d’Etienne Chatiliez. Sauf que le mobile n'est pas la vengeance, mais bien l'erreur humaine...

Ce mardi matin, les deux familles, victimes d’une terrible inversion de bébés par une auxiliaire puéricultrice de la maternité Clinica à Cannes, vont demander réparation devant le tribunal de Grasse qui ouvre la procédure, rapporte Var Matin.

Affaire hors norme

La clinique, deux pédiatres, deux médecins accoucheurs et l’auxiliaire puéricultrice qui avait 43 ans à l’époque (alcoolique, selon l’enquête, ce qu’elle réfute), sont renvoyés devant le tribunal qui jugera cette affaire inédite au civil.

Au titre des souffrances morales et matérielles, la famille de Manon réclame 5,380 millions d’euros. La famille de Mélanie, elle, 6,880 millions. Soit un total de plus de 12 millions d’euros.

A qui la faute?

Les deux jeunes filles sont dévastées. «La première fois qu’on s’est moqué, je l’ai très mal vécu, confie à Var Matin Manon. J’en ai parlé à ma mère. Elle m’a dit que c’étaient des bêtises. Elle me répétait je sais d’où tu viens et qui est ton papa.» «On m’a volé mon innocence à dix ans. On m’a enlevé les rêves, l’espoir, l’envie d’avoir des enfants», ajoute-t-elle.

La maternité reconnaît la faute mais ne veut pas payer, renvoyant la faute sur l’auxiliaire puéricultrice. Et s’interroge sur le «manque de discernement» des mamans. Comment estimer le coût d’une telle erreur? Un seul cas s’est présenté à la justice depuis 1950.

Le tribunal de grande instance rendra son jugement le 10 février.