A Madagascar, Corine malvoyante a trouvé sa place dans une classe ordinaire

REPORTAGE A Madagascar, Handicap International a mis en œuvre un programme d’éducation inclusive, qui permet d’accueillir des enfants handicapés dans des classes ordinaires. Un dispositif qui a profité à Corine Mira, 12 ans…

Delphine Bancaud

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Corine, 12 ans, malvoyante, scolarisée dans une classe inclusive à Madagascar, en novembre 2014.
Corine, 12 ans, malvoyante, scolarisée dans une classe inclusive à Madagascar, en novembre 2014. — Delphine Bancaud

SDe notre envoyée spéciale à Madagascar

Pour Corine, 12 ans, l’école n’est pas une corvée, mais un privilège. Alors, en ce mardi de novembre ensoleillé, elle laisse éclater sa joie, en discutant avec ses camarades devant sa salle de classe à l’école primaire de Fotsialanana, un établissement rural situé dans la province de Tamatave à Madagascar. Car l’adolescente connaît sa chance. En tant que malvoyante, elle aurait pu décrocher comme des milliers d’enfants handicapés malgaches, car moins d'1% d’entre eux sont scolarisés.

C'est à l'âge de 10 ans que Corine a constaté que ses yeux ne fonctionnaient plus correctement. Elle n’arrive plus à déchiffrer les mots au tableau et s’en alerte auprès de ses parents. Ces derniers lui suggèrent alors d’abandonner l’école, car ils craignent qu’elle devienne le souffre-douleur de ses camarades. Mais la petite fille leur tient tête. «Je voulais continuer l’école pour réussir ma vie et devenir médecin», confie-t-elle. Quelques mois plus tard, le diagnostic tombe: elle souffre d’une double cataracte. Mais Corine s’accroche et continue à parcourir 1,5 km pour se rendre tous les matins à l’école.

L’équipe pédagogique sensibilisée au handicap

Par chance, son école participe au programme d’éducation inclusive mis en œuvre par Handicap International depuis 2006. L’ONG veut encourager par ce biais la scolarisation des enfants handicapés en milieu ordinaire. «Grâce à ce programme, les enseignants de l’école ont été formés à la prise en charge des enfants handicapés. Ils ont appris à réaménager leur classe afin de faciliter le suivi scolaire de ces enfants et à adapter leur pédagogie», explique Christian Totofeno, le directeur de l’école.

Des solutions qui apportent une réelle amélioration à la vie scolaire de Corine: «Mes maîtresses successives m’ont mise au premier rang et ont coloré le tableau pour que les lettres m’apparaissent mieux grâce à un meilleur contraste. Elles ont aussi écrit mes leçons dans mon cahier, lorsque je n’arrivais pas à déchiffrer le tableau. Et lorsque je devais rendre des devoirs écrits, je le leur dictais», se souvient-elle. Mais ce n’est pas tout: Handicap International a aussi sensibilisé les enseignants, les parents d’élèves et les élèves au handicap, afin que les enfants handicapés ne soient plus stigmatisés à l’école. «On a démontré à tout le monde que les enfants handicapés pouvaient obtenir des diplômes comme les autres, à condition d’être aidés», explique le directeur. «Grâce à cela, les moqueries ont vite cessé et  je ne me suis plus sentie rejetée», raconte Corine.

L’espoir à nouveau

Les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, toutes ces initiatives mises bout à bout ont permis à Corine de continuer une scolarité normale. Et grâce à un deuxième coup de pouce du destin, la jeune fille a pu se faire opérer en octobre 2013, l’intervention ayant été financée par une association. Aujourd’hui, l’adolescente porte des lunettes et lit très bien les inscriptions au tableau. «Je n’ai plus besoin d’aide», annonce-t-elle fièrement en laissant couler une larme sur sa joue.

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