VIDEO. Une circulaire sur la radicalisation religieuse des élèves suscite l'indignation

EDUCATION Le document explique aux enseignants la marche à suivre pour détecter les comportements déviants des élèves qui seraient en voie de radicalisation religieuse...

D.B.

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NANTES, le 02/09/2010 Illustration collège
NANTES, le 02/09/2010 Illustration collège — © Fabrice ELSNER

Comment prévenir la radicalisation religieuse des jeunes sans stigmatiser les musulmans? C’est l’exercice d’équilibriste auquel s’est essayé le rectorat de Poitiers, qui a transmis une circulaire à ce sujet aux chefs d’établissements de la Vienne. Mais le document est loin d’avoir suscité l’adhésion des foules. Il serait même fortement critiqué par certains syndicats d’enseignants, le jugeant xénophobe, seul l'islam étant visé.

Baptisé «Prévention de la radicalisation en milieu scolaire», le texte explique aux enseignants la marche à suivre pour détecter les comportements déviants des élèves. Il leur est conseillé de scruter avec attention plusieurs signes physiques pouvant témoigner d’une radicalisation religieuse: la «barbe longue non taillée (moustache rasée)», un «habillement musulman», le «refus du tatouage», une «perte de poids liée à des jeûnes fréquents», «des cheveux rasés», des «"jambes couvertes jusqu'aux chevilles»…

D’autres éléments comportementaux doivent aussi éveiller l’attention des enseignants selon la circulaire, comme le «repli identitaire», l'«exposition sélective aux médias (préférence pour les sites Web djihadistes)», la «rhétorique politique» concernant notamment la Palestine, la Tchétchénie, l'Irak, l'intérêt pour la naissance de l'Islam.

Najat Vallaud-Belkacem prend des distances à l'égard de ce document

Interrogée par Europe 1, Magali Espinasse, secrétaire départementale du Syndicat national des enseignants du secondaire (SNES) n’y va pas de main morte pour critiquer la circulaire: «Tout est choquant. C'est simpliste, schématique et faux. C'est extrêmement dangereux.»

Pour le secrétaire départemental du syndicat UNSA, Jean-François Roland, «les termes employés sont maladroits». «Ce n'est pas vraiment le vocabulaire qu'emploie habituellement l'Education nationale. Je pense qu'il a manqué une relecture avant diffusion», a-t-il ajouté, également auprès de France Bleu.

Un peu gênée aux entournures, la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a pris quelques distances avec le document, qu’elle estime «sans doute perfectible, c'est incontestable», lors d'une interview à France 3. Tout en signalant qu’il s’agit d’«une démarche isolée (...) faite dans cette académie».


Une démarche qui ne devrait donc pas faire d’émules…