Restos du cœur: Plus de 130 millions de repas pour un hiver un peu moins rude

PAUVRETE L’association entame lundi sa campagne hivernale…

Romain Scotto
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Les Restos du Cœur distribuent un repas chaud tous les jeudi soir a 20h devant la gare de l'Est à Paris, le 9 décembre 2010.
Les Restos du Cœur distribuent un repas chaud tous les jeudi soir a 20h devant la gare de l'Est à Paris, le 9 décembre 2010. — JOBARD/SIPA

Le coup de fourchette est fébrile. Tant bien que mal, Frédérique vide son assiette de macédoine, avale son œuf dur, son paquet de chips et son orange. Un maigre repas qui lui permet de tenir jusqu’au soir et d’oublier le temps  d'une petite heure la triade solitude-précarité-maladie. Comme elle, ils sont environ 300 attablés ce dimanche à la Porte de la Villette. En semaine, les Resto du cœur assurent le service. Le week-end et jours fériés, l’association «L’un et l’Autre» prend le relais. «Ce centre, on ne pourrait pas s’en passer», souffle cette femme de 45 ans, dont 10 passés à la table «des Resto». Alors que l’association lance lundi sa campagne hivernale, le nombre de repas servi devrait encore grimper cette année (130 millions l’an dernier).

Frédérique, 45 ans, lors d'une distribution de repas à la Porte de la Villette, le 23 novembre 2014. - RS / 20 Minutes

Pour Claude, 71 ans, habitué des lieux, l’arrivée des premiers froids est synonyme de «repas plus caloriques. Plus riches, pour aider à tenir dehors la nuit.» Ancien peintre en bâtiment, il voue une gratitude immense aux bénévoles qui remplissent chaque jour son assiette. S’ils n’étaient pas là, «il y aurait des vols partout pour bouffer. Parce que dans les poubelles, vous savez, y’a pas grand-chose…»

Jacques, 65 ans, lors d'une distribution de repas, le dimanche 23 novembre 2014 à la Porte de la Villette. - RS / 20 Minutes

A la fin du service, «il y a moins de rab»

A une table voisine, Jacques, 65 ans, ancien boulanger de métier, tient à rappeler que la misère peut frapper n’importe qui. «Même les riches! Au départ, je me disais que je ne viendrai jamais ici. Et voilà.» Après 50 ans de fournil, sa petite retraite ne lui permet pas de tenir, d’autant qu’il vit à l’hôtel. Il se rend donc ici pour économiser quelques euros mais aussi «pour voir du monde». Ces dernières années, il a même passé deux soirées de Noël sur la péniche de l’association.  

Nadia, 63 ans, lors d'une distribution de repas, le dimanche 23 novembre 2014 à la Porte de la Villette. - RS / 20 Minutes

Au fil des ans, il a vu la file d’attente s’allonger. Et généralement à la fin du service, «il y a moins de rab», enchaîne Nadia, 63 ans, qui a la chance de bénéficier d’une place en hébergement d’urgence. Tous les midis pourtant, elle doit se débrouiller seule pour manger. Sans argent. «On peut être dans la merde du jour au lendemain. Maintenant, je vis au jour le jour. Ce n’est plus possible de se payer à manger. Si je suis avec mes bagages dans la rue, je ne tiendrai pas le coup.»

Aboubacar, 30 ans, lors d'une distribution de repas, le dimanche 23 novembre 2014 à la Porte de la Villette. - RS / 20 Minutes

«Si j’ai le ventre rempli, je ne pense pas à faire des choses mauvaises»

Ici, personne n’oserait remettre en cause la qualité des repas servis. «Pour celui qui a faim, c’est très bon. Je viens pour être rassasié parce que si j’ai le ventre rempli, je ne pense pas à faire des choses mauvaises», sourit Aboubacar, un émigré guinéen demandeur d’asile. Pour être certain d’avoir sa gamelle, le jeune homme dort même sur place. Ou tout près, sous le pont du périphérique. «Ceux qui rouspètent parce que ce n’est pas bon ou qu’il y a trop de monde, qu’ils aillent au restau en face et qu’ils payent. Comme on dit, faut pas cracher dans la soupe.» Surtout quand on n’a que ça à manger à tous les jours.