Affaire Dos Santos: Retour heure par heure sur le fiasco de l’identification

ENQUÊTE Annoncé comme identifié par des officiels, le djihadiste français n’a pas été reconnu par sa mère sur la vidéo de décapitation…

William Molinié

— 

Capture d'écran d'une vidéo de propagande montrant le djihadiste identifié comme étant Mickaël Dos Santos à 6'50''
Capture d'écran d'une vidéo de propagande montrant le djihadiste identifié comme étant Mickaël Dos Santos à 6'50'' — 20 Minutes

L’affaire embarrasse au plus haut sommet de l’Etat. La justice est sous pression et la parole de François Hollande – le premier à avoir annoncé que Mickaël Dos Santos était en cours d’identification – remise en cause par celle de la mère du djihadiste français qui assure ne pas le reconnaître dans la vidéo de Daesh.

Montage photo réalisé par Aurélie Delaunoy - 20 Minutes

 20 Minutes refait le fil de l’histoire pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé.

Dimanche 16 novembre  

  • 10h – Nouvelle vidéo de propagande

Une vidéo de propagande est diffusée par l’organisation de l’Etat islamique sur Internet. On y voit de nouvelles exécutions, celles de 18 soldats syriens et de l’otage américain Peter Kassig. Comme à son habitude, Daesh organise une mise en scène effrayante, et quasi hollywoodienne, analyse auprès de 20 Minutes Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes et auteur de Tsunami arabe.

  • 14h – Réactions politiques

François Hollande dénonce «des crimes contre l'humanité». La classe politique occidentale condamne ces nouvelles exactions.

Lundi 17 novembre

  • 11h30 – Un Français parmi les bourreaux

Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, déclare à la presse qu’il existe «une très forte probabilité qu'un ressortissant français ait pu participer directement» à la décapitation de prisonniers syriens montrée dans la vidéo. Il pourrait s'agir de Maxime Hauchard, né en 1992, originaire de l'Eure et parti en Syrie en août 2013 après un séjour en Mauritanie en 2012, indique-t-il.

  • 17h30 – Le procureur de la République confirme

Au cours d’une conférence de presse, François Molins, le procureur de la République de Paris, confirme la présence du Normand dans la vidéo de décapitation. Il évoque la présence «possible» d’un second Français qui pourrait être «un jeune converti» du même âge, parti rejoindre l’EI en août 2013.

Mardi 18 novembre

  • Minuit – Hollande confirme la présence d’un deuxième Français

Dans la nuit de mardi à mercredi, François Hollande annonce que ce deuxième djihadiste français est «en voie» d'être identifié. «Ce qui apparaît, c'est qu'il y avait deux Français, l'un identifié formellement [Maxime Hauchard], l'autre en voie de l'être», déclare le président français lors d'une conférence de presse à Canberra au côté du Premier ministre australien Tony Abbott.

Mercredi 19 novembre

  • 8h – Le second Français identifié, selon France 2

France 2 annonce dès le début de matinée que le second djihadiste français de la vidéo a été identifié. Selon les informations recueillies «auprès des services de renseignements» par la grand reporter Audrey Goutard, journaliste police-justice au sein de la chaîne, l’individu s’appelle Mickaël Dos Santos. Il est originaire de Champigny-sur-Marne.

  • 9h – «Pas de confirmation», selon Le Foll

Sur BFM TV, Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement, indique qu’il n’a «pas de confirmation» que ce Français soit bien Mickaël Dos Santos.

  • 9h30 – La mère aurait identifié son fils

C’est un expert en terrorisme, Jean-Charles Brisard, qui l’annonce sur Twitter. Selon ses informations, la mère de Mickaël Dos Santos l’a reconnu dans la vidéo auprès des services de renseignement.

Contacté par téléphone, il nous confirme ses déclarations.

  • 9h45 – Nous localisons le domicile de Mickaël Dos Santos

Une source proche des services de renseignement nous dévoile le prénom et nom exact de la mère de Mickaël Dos Santos. Un rapide tour sur les pages jaunes et l’adresse de la famille est récupérée. Il s’agit d’une résidence en bord de marne à Champigny.

  • 10h30 – Les voisins ne le reconnaissent pas

Les tout premiers doutes quant à l’identification du jeune homme apparaissent. Arrivés parmi les premiers dans la résidence de la famille Dos Santos, nous pouvons recueillir «à chaud» les témoignages des voisins de la famille. Les captures d’écran de Mickaël Dos Santos, issues de la vidéo de décapitation, sont présentées à une poignée d’habitants de l’immeuble qui ont connu le jeune homme avant son départ en Syrie en 2013. «Je ne le reconnais pas», admet une voisine. D’autres ne peuvent pas être formels. Mais ils mettent cette incertitude sur le compte de l’apparence du jeune homme, barbu et en tenue de combat. En revanche, son ex-meilleur ami du football, qui a prévenu sa mère de l’existence de la vidéo, est formel. Il s’agit bien de Mickaël Dos Santos.

  • 18h – Le parquet confirme

Communiqué à 18h08 du Service presse et communication du procureur de la République de Paris. Dans la pièce jointe, intitulée «Dos Santos», le parquet écrit: «Outre Maxime Hauchard, des indices précis et concordants ont été recueillis dans le cadre de l’enquête qui permettent d’identifier la présence d’un second français: Mickael Dos Santos, né le 17 janvier 1992 à Champigny-sur-Marne».

  • 20h – Le compte Twitter de Dos Santos fermé

Twitter suspend le compte de Mickaël Dos Santos.

  • 21h – Des spécialistes commencent à douter

Sur Twitter, Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions islamistes, David Thomson, reporter à RFI, et Wassim Nasr, journaliste à France 24, tous deux spécialistes des mouvements djihadistes en Syrie et en Irak, émettent des doutes quant à l’identification formelle de ce second djihadiste français. Cinq sources de l’Etat islamique indiquent à David Thomson le contraire de ce que le procureur maintient.

  • 23h – Un autre djihadiste français ne le reconnaît pas

Un Français qui a rejoint l’EI avec qui nous sommes en contact sur Twitter confirme les déclarations de David Thomson. «Je le connais, ce n’est pas lui à 400%», nous répond-il sur le réseau social.

Jeudi 20 novembre

  • 9h15 – Signe d’embarras au parquet

Nous contactons le parquet de Paris qui maintient les termes de son communiqué de presse. Toutefois, notre interlocutrice souligne que «des indices précis et concordants” ne signifient pas une vérité absolue». Cette précision est le signe de l’embarras inhabituel du parquet dans ce type d’affaires terroristes, généralement parfaitement maîtrisées en termes de communication.

  • 10h – «Vraisemblablement, c’est lui»

Prudence et précaution de langage ou véritables doutes? «Les services de renseignement ne peuvent pas être formels en se basant uniquement sur une vidéo, d’autant que ces images sont de la propagande émanant d’un groupe terroriste», nous précise une source au ministère de l’Intérieur qui ajoute: «Vraisemblablement, c’est lui».

  • 11h – Les doutes se recoupent

Wassim Nasr nous explique les raisons de ses doutes. Tout d’abord, l’homme présenté comme Mickaël Dos Santos s’exprime dans la vidéo avec un accent syrien. «On ne peut pas apprendre l’arabe aussi parfaitement en si peu de temps», juge le journaliste. En effet, le jeune homme n’a rejoint l’Etat islamique qu’en 2013. Ensuite, il existe des différences visuelles entre son visage présenté dans la vidéo et celui dans les photos qu’il a lui-même prises et diffusées sur Twitter. Nous publions, après avoir recoupé ses déclarations et visionné la vidéo de propagande de l’Etat islamique, un article sur les incohérences autour de l’identification du Français

  • 15h – Coup de fil du «Parisien»

Un échange téléphonique avec un journaliste du Parisien qui suit l’affaire de près apporte un nouvel élément. Ce dernier a réussi à se procurer la photocopie d’une photographie de Mickaël Dos Santos lorsqu’il était au collège. «La ressemblance n’est pas flagrante», confie-t-il.

  • 18h – Mickaël Dos Santos dément

Le djihadiste français dément en ouvrant un nouveau compte Twitter être celui qui apparaît parmi les bourreaux de l’Etat islamique dans la vidéo. David Thomson dit avoir authentifié le compte et assure qu’il s’agit bien de Mickaël Dos Santos. Le journaliste explique au Monde avoir convenu d’une «question secrète» avec le djihadiste, qu’il suivait depuis bien avant la vidéo, pour garder le contact malgré la fermeture successive de ses comptes Twitter. Question à laquelle son interlocuteur a répondu ce mercredi, écrit le site internet du quotidien.

  • 21h – La mère ne «le reconnaît pas»

«Ce n'est pas mon fils Mickaël Dos Santos, confie-t-elle, interrogée par BFMTV. Je l'ai dit à la DGSI, [mercredi] et [jeudi], où j'ai été interviewée. (…) La barbe n'est pas la sienne (…) il a les yeux assez foncés sur la photo, alors que réellement il a les yeux verts/marron. Je n'ai pas reconnu sa voix.» Pouvait-il parler si bien arabe? «Je ne pense pas, il l'a appris à la mosquée avant de partir en Syrie, mais il n'a pas eu le temps de maîtriser la langue correctement», assure-t-elle. Aux enquêteurs, Ana-Luisa dit et redit qu’elle ne le reconnaît pas. Mais après plusieurs heures d’interrogatoires, elle craque et émet des doutes. «Je ne sais plus si ce n’est pas mon fils, faites ce que vous voulez…», leur lâche-t-elle.

Vendredi 21 novembre

  • 11h20 – Silence radio au parquet et à l’Intérieur

Ni le parquet ni la police, ni l’Intérieur n’avait en milieu de matinée encore réagi à ces derniers rebondissements.