Corruption, fraude électorale, achat de votes... Les sept péchés capitaux de Serge Dassault

JUSTICE Le comptable de l’avionneur a révélé avoir livré 53 millions d’euros en liquide dans son bureau…

William Molinié

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Serge Dassault au Sénat le 20 decembre 2012 à Paris
Serge Dassault au Sénat le 20 decembre 2012 à Paris — Jacques Demarthon AFP

Serge Dassault pris la main dans le sac. Ou plutôt… le cash! Son «homme à tout faire», Gérard Limat, est allé rapporter aux juges qu'il avait remis 53 millions d’euros en liquide entre 1995 et 2012 à l’avionneur en provenance d’un compte en Suisse. Le comptable a été entendu dans le cadre d’une affaire de financement de campagnes électorales et d'achat de votes et de blanchiment instruite par les juges Serge Tournaire et Guillaume Daieff.

Les procès-verbaux, dont le contenu a été révélé ce mardi par France Inter et Libération, mettent au jour un vaste système de remise en main propre d’argent liquide. Une affaire de plus dont l’acteur principal n’est autre que Serge Dassault, sénateur et ancien maire de Corbeil-Essonnes. Des soupçons d’achat de vote jusqu’aux tentatives d’assassinats, 20 Minutes revient sur les «affaires» qui entourent de près ou de loin l’industriel…

  • 1998: Première condamnation pour «corruption»

Cette ligne du casier judiciaire de Serge Dassault est apportée par nos voisins belges. Dans les années 1990, l’avionneur est pris dans une affaire politico-financière en Belgique. Il est accusé d’avoir versé des pots-de-vin au parti socialiste flamand afin de le pousser à moderniser les avions de combats de l’armée belge. En 1998, il est condamné à deux ans de prison avec sursis par la cour de cassation belge.

  • 2006: Condamné pour «injure publique»

Quand Serge Dassault fait de la politique, il lui arrive d’être impoli. Le 27 février 2006, au cours d’un conseil municipal particulièrement «houleux» sur le budget, rapportait Le Parisien, le maire de la ville lâchait entre les dents: «Quel c…!» à l’adresse de l’opposant communiste Bruno Piriou. Mais les micros n’ayant pas été coupés, ce dernier saisissait au vol cette insulte et déposait plainte contre le magnat de l’armement, les excuses de ce dernier n’y changeant rien. Une amende de 1.500 euros a été prononcée par le tribunal d’Evry (Essonne) à l’encontre de Serge Dassault en décembre 2006.

  • 2009: La réélection de Dassault invalidée pour «fraude électorale»

L’affaire se noue en 2008 lors des municipales. Le maire sortant de Corbeil, Serge Dassault, est candidat à sa propre succession. Il est réélu avec 170 voix d’avance. Si peu, que l’élection est contestée et arrive devant le conseil d’Etat. En juin 2009, la plus haute juridiction administrative annule l’élection, considérant que si l’ampleur des dons d’argent dont est accusé Serge Dassault ne peut être précisément déterminée, «ces faits ont été, eu égard à l’écart de voix, de nature à altérer la sincérité du scrutin et à en vicier les résultats». L’avionneur est déclaré inéligible pendant un an mais conserve son siège de sénateur. L’opposant historique, Bruno Piriou est lui aussi déclaré inéligible pour n’avoir pas intégré dans ses comptes de campagne la location d’une salle dont il disait être convaincu de la gratuité.

  • 2010: Condamné pour «procédure abusive»

L’arroseur arrosé… En 2010, le sénateur UMP Serge Dassault est condamné à verser 3.000 euros à l’opposant Vert Jacques Picard par le tribunal correctionnel de Paris pour procédure abusive. Deux ans auparavant, il avait attaqué l’élu de l’opposition pour diffamation après des propos tenus dans une émission de France Inter. Mais à l’audience, l’avocat de Dassault avait finalement précisé que «l’industriel se désistait de toutes ses demandes», écrivait Le Parisien. Picard a alors demandé des indemnités pour abus de constitution de partie civile…

  • 2012: Enquête préliminaire pour des «versements suspects»

C’est un signalement de Tracfin qui conduit la justice à ouvrir une enquête préliminaire visant Serge Dassault pour des versements suspects. Selon Le Monde, qui révèle l’information, des virements suspects de plusieurs centaines de milliers d’euros ont été émis sur des comptes en banque de Corbeillois connus de la justice. L’enquête est confiée à l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO).

Mais une nouvelle plainte pour «tentative d’extorsion de fonds» parvient aux enquêteurs. Cette fois-ci, elle provient des enfants de Serge Dassault qui disent être victimes de harcèlement. C’est à ce moment-là que se dessine l’implosion du système Dassault. Selon plusieurs observateurs de la ville, il se serait retrouvé pris au piège. En voulant acheter une «paix sociale» auprès de certains caïds de la commune, il se retrouverait approché par d’autres caïds rivaux qui eux aussi souhaiteraient obtenir une part du gâteau… Officiellement, l’ancien maire de Corbeil-Essonnes se défend en expliquant qu’il s’agissait de prêts.

  • 2013: Une enquête pour «tentative d’homicide»

Serge Dassault s’est-il fait prendre au piège de la spirale meurtrière des règlements de compte? En février 2013, Younès Bounouara, un proche de celui qui est surnommé «le Vieux», est soupçonné d’avoir tenté d’abattre en plein centre-ville, Fatah Hou. Ce dernier l’aurait fait chanter en menaçant de révéler que Bounouara a touché près de deux millions d’euros en provenance de Dassault. Fatah Hou porte plainte auprès du parquet d'Evry, notamment pour association de malfaiteurs. Cette procédure vise Serge Dassault, Jean-Pierre Bechter, un employé municipal et un diplomate marocain

  • 2014: Mis en examen pour «achat de votes»

Le 10 avril 2014, après une garde à vue de deux jours en janvier, l’industriel est mis en examen pour «achat de votes», «complicité de financement illicite de campagne électorale» et «financement de campagne électorale en dépassement du plafond autorisé». L'enquête des magistrats porte sur un possible système d'achat de voix lors des municipales de 2008, 2009 et 2010 à Corbeil-Essonnes.

De son côté, Serge Dassault assure n'avoir «jamais donné un sou à quiconque pendant les campagnes». Il aurait simplement «aidé les gens à travailler». «Il m'est arrivé de donner de l'argent, mais jamais sans raison. J'ai acheté un camion à l'un, une pizzeria à un autre, des choses comme cela», raconte-t-il au JDD, auprès de qui il reconnaît à demi-mot que ses largesses se sont retournées contre lui. Il concède avoir versé 1,2 million d’euros à Mamadou Kebbeh, un habitant de Corbeil-Essonnes qui le harcelait pour obtenir lui aussi de l’argent. «Pendant deux ans, il m'a harcelé. Même chez moi la nuit. Il avait réussi à pirater mon téléphone et ma boîte mail. Il lisait mes messages. […] Au bout d'un moment, je me suis dit: "Il faut qu'il me foute la paix et laisse tranquille ma famille." Alors je lui ai donné officiellement 1,2 million d'euros, versés là-bas au Liban. Pour en finir», raconte-t-il.