Une importante saisie d'armes et de stupéfiants sur la commune de Cabriès (Bouches-du-Rhône).
Une importante saisie d'armes et de stupéfiants sur la commune de Cabriès (Bouches-du-Rhône). — Boris Horvat AFP

ENQUÊTE

Lutte anti-mafia: Le crime organisé se professionnalise pour être (encore) plus rentable

La police judiciaire dévoile un rapport sur le visage des organisations criminelles en France...

«Ils sont devenus des businessmen.» Ce n’est pas un cours de microéconomie, mais on y parle de «plan pertes bénéfices», de «secteurs stratégiques» et «d’adaptation à la mondialisation». Bienvenue dans la France de la criminalité hyperorganisée.

Ce lundi matin, la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a présenté pour la première fois à la presse une synthèse du rapport annuel du Service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco). Ce service recense les renseignements que détiennent les policiers et les gendarmes afin de mieux comprendre l’organisation des groupes criminels qui agissent sur le territoire français.

«Groupes mobiles et polyvalents»

Pour ce cru 2013-2014, les dérives mafieuses n’ont pas radicalement changé. «Le banditisme français traditionnel persiste. Même s’il est bien connu de nos services. Et se trouve en concurrence avec les cités sensibles qui constituent l’avenir du banditisme en France, principalement dans le trafic de stupéfiants», explique François-Xavier Masson, le responsable du Sirasco.

Selon lui, le trafic de stupéfiants représente 70% du chiffre d’affaires du crime organisé en France et génère environ 3,5 milliards d’euros chaque année. Point commun entre les groupes criminels, l’importance que prennent la cybercriminalité et la diversification des activités. «Les groupes sont plus mobiles et plus polyvalents. On passe sans problème du trafic de stupéfiants à la fraude fiscale», poursuit François-Xavier Masson.

Alliances d’opportunité

Parmi les nouveautés, les services de sécurité ont noté une «professionnalisation des circuits de blanchiment d’argent». Les comptes en banque à l’étranger sont privilégiés et les malfrats n’hésitent pas à mener des montages financiers élaborés pour dissimuler l’argent. Ou, au contraire, à recourir aux «bonnes vieilles méthodes» de transport de valises de billets d’une frontière à l’autre pour échapper aux radars de l’administration fiscale.

En outre, les organisations mafieuses opèrent tels des chefs d’entreprise en étudiant les risques et les bénéfices d’une activité illégale. «Ils se conduisent comme des groupes industriels en choisissant les plus rentables et en s’engouffrant dans des failles de la législation», atteste le chef du service de lutte antimafia.

>> A lire, l'interview du chef du Sirasco sur la mafia géorgienne...

Enfin, l’humeur est plutôt au rapprochement plutôt qu’aux règlements de compte, même si régulièrement, de sanglants assassinats peuvent survenir. Ces alliances d’opportunité peuvent créer de liens inédits. «Certaines cités ont des contacts directs avec des représentants de la mafia italienne, géorgienne, sud-américaine ou indo-pakistanaise», avance-t-on au sein de la PJ. Cette logique n’existe que dans le but de faire de l’argent. Rapidement et surtout silencieusement.